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De l’Empoisonnement : Quels Produits, Arbres, Herbes Maléfiques pour le Corps Humain ?
Quels Produits pour l’Antidote

De tout temps, le peuple beti–fang a été beaucoup craint des autres grands peuples avec lesquels il était en contact. Parmi les raisons évoquées figure entre autre la maîtrise de certains produits très maléfiques pour l’organisme humain, qui malheureusement sont utilisés à des fins destructrices.

Poison

Il est d’ailleurs fréquent encore de nos jours de rencontrer une personne gravement malade déclarant souffrir d’un empoisonnement progressif communément appelé « poison lent ». La personne se meurt à petit feu. De même que plusieurs cas de deuils brusque sont attribués à l’’empoisonnement.

Ainsi donc, s’il est difficile aujourd’hui de recueillir le témoignage d’une personne reconnaissant être empoisonneur, il n’en demeure pas moins que certaines personnes avouent connaître ce qui « peut tuer une personne très facilement » sinon certainement.

Herber

C’est ainsi que l’arbre « élôn » autrefois utilisé pour les ordalies en cas de deuil suspect dans la société, est cité parmi les produits les plus dangereux utilisés pour empoisonner une personne. En effet, l’écorce de l’élôn, prise et introduite dans une boisson ; plus particulièrement et le plus souvent dans du vin de palme ou de raphia, a un effet destructeur immédiat. Un liquide contenant cette écorce, une fois consommée, les entrailles et l’intérieur du ventre sont immédiatement soumis aux brulures, à la putréfaction si aucun antidote n’est absorbé et à une mort immédiate après des vomissements sanguinolents.

Poison

Pour ce qui est de l’empoisonnement à travers une nourriture, la poudre obtenue à base de l’écorce du même arbre (élôn) est utilisée pour ce. Quoi qu’il en soit, les déclarations au sujet de l’arbre « élôn » sont formelles ; il est très nocif, tue en peu de temps si rien n’est fait, mais en même temps est un constituant pour plusieurs décoctions servant à soigner plusieurs types de maladies.

C’est d’ailleurs ici l’occasion de rappeler ce que tous les informateurs soutiennent sans condition : le même produit peut à la fois tuer et sauver c’est–à–dire guérir. Tout dépend du dosage, de l’intention et de la promptitude des soins après absorption du produit nocif.

Herbe

Autre produit très dangereux sinon le plus dangereux selon les dires de plusieurs observateurs, la sécrétion rejetée par la grenouille « mvôñ ».

C’’est une grenouille un peu plus grande que les grenouilles habituelles, avec une peau très dure, rare à rencontrer. Lorsqu’elle est attaquée, ou en danger, elle éjecte de sa gueule un liquide blanchâtre, dont le contact avec les yeux rend inévitable aveugle. Ce liquide absorbé tue en très peu de temps après de violents vomissements sanguinolents.

Cependant, puisque ce liquide est presque impossible sinon très risqué à obtenir, c’est l’animal lui–même qui est souvent utilisé. En effet, une fois l’animal obtenu, il est desséché et écrasé ; la poudre recueillie est aussi foudroyante que le liquide rejeté par l’animal. Ces deux éléments appartenant à un même ensemble sont de l’avis de tous de loin les plus nocifs aux mains des « seigneurs de la forêt ». La preuve est que ces éléments étaient utilisés pour confectionner le poison qui servait à enduire les fléchettes utilisées pour le tir à l’arc et à l’arbalète.

Poison

Lorsque l’on peut se rappeler que lors de la chasse à l’arc et à l’arbalète, une fois que la fléchette touchait sa cible, la mort était certaine après quelques minutes durant lesquelles la victime vomissait ; l’on peut dès lors imaginer la dangerosité et surtout la rapidité d’effet de tout poison concocté à partir d’un élément de cette grenouille que la seule évocation du nom n’est pas appréciée par les Beti–Fang. Nous ne pouvons néanmoins omettre de rappeler que les mêmes éléments servent aussi à soigner certaines maladies comme le « jet du sort » qui tue ou handicape s’il n’est pas soigné ou bien soigné.

Un autre élément qui est utilisé pour l’empoisonnement, certains types de mille–pattes également très nocifs mais dont le nom ne nous a pas été donné ; du moins pas encore. Y ajoute–t–on quelque élément autre ? Nul ne l’a encore avoué.

Poison

Autre produit nocif pour l’organisme humain, il s’agit de liquides et autres parties d’un corps humain en décomposition. En effet, plusieurs personnes reconnaissent que les éléments tirés d’un corps humain en décomposition sont également très nocifs s’ils sont absorbés. D’aucuns déclarent néanmoins que pour que ces éléments soient mortels à l’homme, il faut que la personne qui les a absorbés soit dépositaire de l’évu. C’est dire que la personne doit être un sorcier, un « nnem ».

Cette liste de produits nocifs au corps humain n’étant pas exhaustive, nous pourrons progressivement proposer d’autres produits au fur et à mesures que nous entrerons en possession de plus amples informations.

Néanmoins, nous tenons avant toute chose à préciser ou rassurer nos lecteurs sur nos intentions lorsque nous abordons ce sujet très sensible, sinon à risque. Notre intention n’est pas de doter les uns et les autres de produits ou de connaissances pour détruire l’être humain.

Au moment du projet de ce site, il était question et il l’est toujours de présenter aux Beti–Fang d’abord mais aussi aux autres peuples, la richesse de la culture Beti–Fang ; il est question de présenter tous les aspects de la vie des « Seigneurs de la forêt ». Il s’agit de faire la revue des modes de vie, des pratiques bonnes et malintentionnées afin que ce qui peut participer à la réalisation complète de l’être humain soit préservé et présenté dans la grand messe des peuples, au concert de l’universel, cependant que tout ce qui peut nuire à l’homme doit être dénoncé et abandonné. Ainsi seulement la culture Beti–Bulu–Fang aura sa place au sein du grand rendez–vous du «donner et du recevoir ». Ainsi donc, les uns et les autres fixés sur les intentions de revalorisation de la culture vive des hommes de la forêt, nous pouvons à présent présenter quelques produits servant d’antidote au poison, du moins dans une certaine mesure.

Herbe

A propos de ces antidotes donc, le premier et de loin le plus connu et le plus utilisé de tous les Beti–Bulu–Fang, le premier donc est sans nul doute l’arbre « esŏg » ou « ésôk ». C’est un arbre aux vertus multiples ; il est utilisé par l’écorce, mais aussi par le fruit. En effet, l’écorce et le fruit de l’esŏg sont un antidote prouvé. Ils peuvent être mâchés directement et avalé, ou alors réduits en poudre et ainsi consommé. Le même arbre est consommé en cas de morsure de serpent et preuve de sa puissance, il est interdit de pénétrer dans une pharmacie de médecine moderne avec l’écorce ou le fruite de l’esŏg sur vous. L’arbre réduirait l’effet des médicaments qui y sont proposés. En outre, en cas de morsure de serpent, il est souvent impossible de faire une injection de sérum antivenimeux à un patient qui a consommé de l’arbre esŏg. L’association des deux produits serait nocive pour l’organisme humain.

De part ces qualités prouvées, les Beti–Bulu–Fang ont contourné le risque d’empoisonnement du vin de palme (autrefois activité très courante), en adoptant directement l’esŏg pour la cueillette du vin de palme et de raphia. En effet, dans plusieurs régions Beti du Cameroun, l’esŏg est devenu l’écorce par excellence pour relever la teneur éthylique du vin. Ce qui réussit très bien ; car autant la teneur en alcool est assez relevée en fonction de la quantité d’écorce introduite dans le vin, autant il s’avère difficile d’empoisonner un vin contenant l’esŏg. Il est d’ailleurs souvent conseillé de consommer le fruit de l’arbre pour débarrasser le ventre des impuretés éventuelles.

Poison

Autre écorce utilisée pour les mêmes fins, l’écorce de l’arbre « azaa », qui a une saveur assez épicée, qui doit être soit mâchée directement et avalée, soit bouillie et cette eau recueillie et conservée propre, puis bue après absorption de poison. Les deux éléments (écorce et eau) peuvent être consommés même si la personne n’a pas absorbé de poison ; ceci pour évacuer le ventre et le débarrasser d’impuretés.

Autre produit à consommer en cas d’absorption de poison, l’herbe « oyañ » (voir photo), qu’il faut mâcher et avaler immédiatement.

Il y a également l’herbe « ayañ nsu », maîtrisée par les dépositaires des secrets de la médecine traditionnelle. C’est une herbe également très efficace mais seulement elle n’est pas connue de tous, et par conséquent nécessite l’intervention d’un connaisseur de la science traditionnelle de la médecine. Un autre produit, l’huile de palme est souvent utilisée pour atténuer les effets nocifs de certains produits, cependant qu’elle n’est pas et ne peut être utilisée comme antidote. Son action est donc moindre.

Quoi qu’il en soit, nous avons essayé de présenter certains produits souvent utilisés pour empoisonner, mais surtout nous avons présenté quelques antidotes plus efficaces les uns que les autres. Seulement étant donné notre mise en garde sur cet article délicat, nous réaffirmons l’innocence de nos intentions, exhortons les Beti–Bulu–Fang aujourd’hui à abandonner ces pratiques qui ne participent en rien à l’accomplissement de l’homme, mais le réduisent plutôt à sa dimension la plus bestiale.

Poison

Et au moment où nous bouclons cette partie, nous signalons que la recherche et les consultations continuent pour élargir au mieux la liste des différents produits qui interviennent pour l’un ou l’autre des cas.

Il est également aussi nécessaire de préciser que la plupart des cas d’empoisonnement que l’on relève aujourd’hui est cause des produits chimiques issus des progrès considérables que la science a connus depuis un temps. Dès lors, nous pouvons nous interroger sur l’efficacité des différents antidotes que nous avons présentés et qui le seront encore certainement. Car ces antidotes ont été obtenus à partir des cas pratiques d’empoisonnement traités. En tout état de cause, tant que leur inefficacité ne sera pas prouvée, ils continueront à être la solution traditionnelle des Beti face au problème de l’empoisonnement.


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