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De l’Origine des Beti–Fang : Tradition d’Origine et Données Historiques

L’orignie des Beti–Fang ou « Pahouin » est marquée du sceau de l’incertitude et relève d’un ensemble mystico–hypothétique. Un nombre important de chercheurs ont tenté d’expliquer l’origine du peuple Ekañ, mais ils n’ont pas pu atteindre cet objectif sur le plan scientifique tant les données historiques, les épopées et légendes divergent.

Cette difficulté tient certainement de ce commentaire fait par l’explorateur Savorgnan De Brazza qui écrit lors de ses contacts de 1876 avec les « M’Fans » que ces peuples peuvent « s’accumuler, prospérer et disparaître sans laisser d’autres traces de leur passage qu’une vague tradition affaiblie par le temps ».

Chaque sous–groupe pahouin privilégie une version tirée d’une « pseudo–tradition » autochtone. De manière générale, les traditions historiques assez précises des Beti–Fang permettent en réalité de situer leur origine au nord de leur habitat actuel ; probablement de l’Egypte ancienne, où ce peuple aurait séjourné pendant des millénaires.

Avec la décadence de l’Egypte, ajouté à cela l’assèchement total du Sahara, les Beti descendent au niveau de l’Adamaoua. Ils y seront repoussés par la pression de l’Islam à travers les conquêtes de Osman Dan Fodio, ainsi que celle des autres groupes humains en déplacement perpétuel à cette époque. Décidés à fuir cette mouvance envahissante, les Beti descendent plus au Sud. Le Yom ou la Sanaga leur parait un obstacle infranchissable. C’st finalement à une date située vers 1790 que cette traversée est rendue possible. Selon la tradition orale, elle se serait déroulée sur le dos d’un mythique serpent : le Ngân Medza. Cette traversée est cependant un fait historique. D’ailleurs chaque grand groupe peut dire et montrer l’endroit précis où il a pu traverser la Sanaga :

  1. Ebebda pour les Eton, les Ewondo et les Menguisa,
  2.  les chutes de Nachtigal pour les Bene,
  3. Le voisinage de Mbandjock pour les Emveng
  4. Le côté de Nanga Eboko pour les Bulu et les Yebekolo etc…

Les Fang seraient cependant les premiers à avoir traversé la Sanaga.

La Sanaga traversée, les Beti–Fang se sont dispersés dans la forêt, une partie se retrouve aujourd’hui au Nord Gabon, une autre en Guinée Equatoriale et une partie à Sao Tomé et Principe.

Les causes de cette grande migration sont de deux ordres :la fuite des dangers externes tels les étrangers et les animaux menaçants ; les querelles intestines suite à la croissance démographique. L’on y adjoint l’attrait du sel et la course vers la mer.

Le terme « Beti » peut se traduire en français par : les Seigneurs, les Nobles ou les Hommes libres. Henri Ngoa (1973) les définit comme « les Hommes libres et capables de se défendre par leurs propres moyens ». Le mot « Beti » connote donc la respectabilité, la reconnaissance culturelle mutuelle. Ce qui fait l’unité des Beti–Fang c’est leur culture car, des informations recueillies auprès de ce peuple, il apparaît d’une manière irréfutable que la notion de clan est une réalité consanguine cependant que la tribu est une entité linguistique et socio–culturelle. Pour preuve la dispersion de plusieurs clans à travers de nombreuses tribus. Des appellations ethniques telles que Bulu, Ntumu, Yebekolo, Ewondo… etc, fonctionnent comme des noms qualificatifs, des titres d’honorabilité désignant des aires culturelles prépondérantes et assimilatrices. La question du lignage apparaît centrale ici dans la problématique de l’origine des Beti. On retrouve les mêmes lignages dans plusieurs ethnies Beti sinon toutes.
C’est ainsi que :  

  1. Les Yemveñ que l’on retrouve chez les Bulu dans le village Memgbwa, Arrondissement de Mvangan se retrouvent aussi à OLezoa–Si, Obili, Ngoa–Ekelle à Yaoundé.
  2. Les Yevôl des villages Bulu Nko’étyé, Afanengoñ–Yevôl s’appellent « Esôm » à Nkolbisson près de Yaoundé. Ou encore
  3. les Yenjôk d’Assô’Oseñ sur la route Ebolowa–Ambam ont des frères chez les Yengono des villages Ebolakun, Nkolbêk à Akonolinga, et chez les Yebekolo des villages Emvom, Abam, Nkom.

De tels exemples sont multiples chez les Beti–Fang, et leur énumération permet d’établir l’unité du peuple Beti.
Les grands groupes Beti sont :

  1. les Ewondo ou Kolo,
  2. les Bene,
  3. les Bulu,
  4. les Ntumu,
  5. les Yebekolo,
  6. les Eton,
  7. les Mengisa,
  8. les Foñ ou Fong et
  9. les Fang
  10. les Mvele

Localisation géographique des Beti–Fang du Cameroun

Le début de la colonisation allemande au Cameroun se produit alors que les grands mouvements migratoires des peuples bantou se poursuivaient encore. C’est pourquoi, la première tâche de l’administration allemande consistera à fixer ces différents peuples. L’emplacement géographique des Beti aujourd’hui est donc en partie dû à l’œuvre allemande. Les Beti se localisent au Sud–Cameroun, ils occupent notamment trois Provinces à savoir le Centre, le Sud ainsi qu’une partie de l’Est.

La Province du Centre compte le plus grand nombre de Beti ; dans le grand Mbam, nous pouvons citer les Ossananga aussi appelés Bati. Les grands groupes ici sont les Tsinga, les Ngoro, les Kombé… Les Eton et les Manguisa occupent le Départmeent de la Lékié. Dans les Départemnts du Mfoundi, de la grande Mefou, du Nyong et So’o, du Nyong et Mfoumou et de la Haute Sanaga se côtoeint les Bene, les Mvele, les Ewondo, les Mbida–Mbani, les Yebekolo, Yezoum, etc.

Dans la Province du Sud, les Bulu sont les plus nombreux. Ils occupent les Département du Dja et Lobo, la grande partie de la Mvila, une infime partie de l’Océan. Les Ntumu et les Fang occupent la Vallée du Ntem et l’Océan ainsi qu’une petite partie de l’Océan. A signaler que l’on retrouve aussi les Bene au Sud notamment dans les Arrondissements de Ngoulemakong et Biwong–Bane Département de la Mvila.

Dans la Province de l’Est, les Ewondo se retrouvent dans une partie des Départements du Haut–Nyong et du Lom et Djerem. Cependant que quelques peuplades Bulu sont signalés au Sud du Haut–Nyong. Si les Beti sont souvent assez différents sur le plan ethnique, ils partagent toutefois la même culture et la même langue.

De la langue

Les Beti représentent aujourd’hui un ensemble de plus de cinq (5) millions d’individus. Si le terme « Beti » parait commode lorsqu’on parle des populations, il se révèle cependant assez impropre à désigner leur langue, car celle–ci présente des variantes d’un groupe à un autre, variantes qui n’empêchent pas toutefois l’intercompréhension. Les dialectes qui composent la langue beti sont ainsi assez nombreux : l’éton, le bulu, le ntumu, le mvele, l’éwondo, le yebekolo… Ils sont supposés tirer leur racine de « l’ati », langue parlée sur toute la rive droite de la Sanaga, dans le Département du Mbam.

Cependant, de cette multitude de dialectes, deux ont pu émerger et constituent aujourd’hui de véritables langues véhiculaires dans la sphère fang–beti et voire au–delà : il s’agit du bulu ou boulou et de l’éwondo ou ewundu ou yaunde. Aidées par les colons et les missionnaires, ces deux langues ont pris le pas sur les autres dialectes du groupe fang–beti.

Sous la colonisation allemande, l’éwondo a servi pendant longtemps comme langue d’enseignement dans toutes les écoles de la région. Choisi comme langue d’adoption par les missionnaires catholiques, pour l’évangélisation des différentes tribus camerounaises, très vite, l’éwondo devient la langue véhiculaire et voit son influence aller au–delà de ses frontières naturelles, couvrir non–seulement les Départements des Provinces du Centre et du Sud, mais également de la Province de l’Est. L’éwondo constitue aujourd’hui une sorte de Lingua Franca dans presque toute la partie sud du pays.

L’Eglise Protestante pour sa part a porté son choix sur le bulu, originellement parlé dans le Dja et Lobo, une partie du grand Ntem, de l’Océan et le sud du Nyong et Mfoumou. Ce parlé va voir également son influence s’étendre au–delà de ses frontières naturelles comme ce fut le cas en pays ntumu.

Ces deux langues, parfois rivales sur le plan régional ont été l’objet d’un très grand nombre de travaux scientifiques visant à leur standardisation. Aujourd’hui, une abondante littérature est disponible dans l’une et l’autre.

De la littérature chez les Beti

La littérature beti est essentiellement orale et compte plusieurs genres, dont les contes, les chantefables, les poèmes–chants lyriques (berceuses, chants de danse, chant de labeur, chant de pêche, de chasse, poèmes rituels…), récits légendaires et épiques, récitatifs d’enfants, poésie tambourinée, chroniques et généalogies, proverbes. Tous ces genres peuvent s’accompagner au Mvet faisant de cet instrument musical le genre majeur de la littérature orale chez les Beti.

Le Mvet est un instrument de musique assez simple, mais de fabrication fort délicate. Il est fait à partir d’une tige de bambou–raphia de 1m à 1,4 m environ ; qu’il faut sécher, détacher de 4 à 6 lamelles qui restent cependant fixées au bambou par les extrémités. Ces lamelles sont ensuite distendues et accrochées à un bâtonnet qui a été fixé environ au 4/10 de la tige, lui donnant une forme légèrement courbe. Puis trois à six (3 à 6) demi–calebasses sont fixées sur la partie extérieure de cette espèce d’arc pour former les caisses de résonance. On obtient ainsi le Mvet parfois appelé « guitare », à tout ou « harpe–guitare ».

L’origine du Mvet remonterait à 2 600 ans avant notre ère. Dans son ouvrage « Musik in Africa », le père Marfut affirme qu’il a été retrouvé sur des tombeaux égyptiens le dessin d’un instrument qui ressemble fort au Mvet. Quant à la traditionorale, elle rapporte que le Mvet est originaire du pays Ntumu, plus exactement de la tribu Okak, dans la région frontalière à cheval sur le Gabon, la Guinée Equatoriale et le Cameroun. Cette thèse se trouve renforcée par le fait que les meilleurs joueurs du Mvet sont Ntumu ou se réclament d’un maître Ntumu.

En tant que genre littéraire, le Mvet désigne certes l’instrument de musique, mais il sert aussi à désigner le ou plutôt les genres littéraires qui se chantent ou se psalmodient avec l’accompagnement de cet instrument. Comme nous l’avons mentionné plus haut, la littérature orale des Pahouins compte plusieurs genres. Des études récentes ont montré qu’il s’est effectué comme une distribution des genres selon les principales ethnies du Sud–Cameroun.

Les genres les plus légers : contes, chantes–fables et poèmes, chants lyriques, se trouvent surtout dans la Province du Centre. Les joueurs du Mvet Ewondo et Eton qui abondent dans la région de Yaoundé sont pour la plupart des amateurs qui jouent ce que les connaisseurs appellent le « Mbet bibôn » : le Mvet des concubinages. Leurs chants abordent beaucoup plus des thèmes érotiques et bachiques. Ils chantent la fille qu’ils veulent conquérir ou célèbrent les bienfaits du vin qu’ils en réclament à leurs auditeurs. Ils jouent pour égayer le public lors des fêtes du baptême, de première communication, de décoration ou de mariage. Ils peuvent parfois aussi animer dans les cabarets. C’est une littérature à la fois extrêmement personnelle et très liée à la société coloniale et post–coloniale.

A côté du « Mvet bibôn » s’est développé chez les Beti un Mvet beaucoup plus littéraire, surtout pratiqué chez les Ewondo par les Bene et les Nanga–Eboko, ches les Eton par les Esele. Ce genre littéraire se distingue par le recours aux contes : le cas de « Ndem Bodo », cette araignée qui s’en va accuser Dieu d’être à l’origine de la souffrance et de la mort ; « Mesi me Koko Endong » le terrible chimpanzé.

Il y a également un Mvet de légendes ; c’est le cas de la légende d’Olinga Nga Ngoa, fils de Ngoa Olinga, un héros guerrier légendaire du type d’Akoma–Mba (héros épique des Beti, chef supérieur du peuple Ekang). Celle de Ndzana Ngazoa, ce grand galaut qui surtvit sa maîtresse, une veuve, jusqu’au royaume des morts où il reçut des fantômes une fessée mortelle, mérite aussi d’être mentionnée.

Dans le même sillage, nous pouvons signaler des récits historiques dantant de la période coloniale et relatant notamment des épisodes héroïques des chefs traditionnels face à l’administration coloniale ou retraçant tel ou tel épisode des travaux forcés. Les épopées d’Ateba–Ebe, Nduma (Douala Manga Bell), Eluna Ateba, Mbida Mengue, Nanga–Eboko, Si Mekoa en sont de parfaites illustrations.

Une autre tendance du Mvet, genre de poèmes lyriques et d’exaltation nationale ou tribale. Il se pratique chez les Fang–Ntumu au Sud–Cameroun. On le retrouve également au Nord du Gabon et en Guinée Equatoriale. D’autres genres à mentionner sont l’ »Akel–Yeme » ; qui chante sur une musique légère des contes historiques, le Mbom–Edina raconte les exploits des « Bekon » (fantômes) au royaume des morts.

 

 

 

 
 

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