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La Polygamie dans la Société Beti

La polygamie est une institution très prisée des Africains en général et des Beti en particulier. Cette institution, bien que faisant l’objet des critiques les plus virulentes depuis l’avènement du christianisme en Afrique, continue néanmoins son bonhomme de chemin. Et malgré ce que d’aucuns peuvent dire à propos, la polygamie est encore bien présente dans nos mœurs, et de nombreuses préoccupations tournent autour

La principale concerne les motivations ou les raisons de la polygamie. Il apparaît à propos que les raisons qui animaient les Beti anciens pour prendre plusieurs femmes ne sont plus ou presque les mêmes pour le Beti d’aujourd’hui.

Pour les anciens Beti, prendre une femme était faire étalage ou preuve de sa misérable condition sociale. Avoir plusieurs femmes était donc signe de réussite sociale, de prestige, de richesse. Car la femme était pour les Beti anciens un bien meuble tout comme la chaise, la machette.

Ne pouvait posséder plusieurs épouses que celui qui avait les moyens matériels de se les doter. Pour cette raison, la polygamie servait à garantir ou prouver l’importance de l’homme au sein du groupe social. Et beaucoup peuvent se rappeler que pour les Beti, lorsqu’il s’agissait de compter les richesses d’un homme, l’on signalait avant toute chose le nombre de femmes qu’il avait, puis venaient les enfants et les autres biens.

D’autres personnes cependant parmi les anciens Beti prenaient plusieurs femmes juste pour la réalisation des prophéties qui avaient été dites à la naissance. En effet, chez les Beti anciens, une pratique courante était de « façonner » l’avenir d’un enfant. Cette pratique était faite par les anciens, le plus souvent par les oncles maternels (puisque la femme accouchait presque toujours dans son village) qui étaient à la naissance de l’enfant. Ils se réunissaient donc et préparaient un bain médicinal (etŏg/étok ou dzŏg/jok) dans lequel on lavait l’enfant au jour indiqué. Au sortir de ce bain, les oncles disaient tout ce que l’enfant était destiné à devenir plus tard. Des interdits à observer étaient donnés ; des interdits pour l’enfant lui–même, et pour ses parents aussi.

Il arrivait donc que sur un bain médicinal, on prédise une douzaine, une quinzaine ou une vingtaine de femmes à un enfant. Cela se réalisait si les interdits imposés étaient rigoureusement observés. De tels polygames, la société beti en a compté plusieurs.

A côté de ces deux raisons que nous pouvons qualifier de propres aux Beti anciens, d’autres non moins importantes existent. Celles qui concernent surtout les Beti d’aujourd’hui.

Ainsi les Beti d’aujourd’hui, bien qu’abandonnant de plus en plus la polygamie, prennent plusieurs femmes pour des cas comme l’adultère. En effet, de nos jours, à défaut de répudier sa femme qui a commis un adultère, le Beti quelque fois préfère prendre une deuxième femme, surtout lorsque la première lui avait déjà fait des enfants. Car lorsque la femme adultère n’a pas encore d’enfants, il y a de fortes chances qu’elle soit répudiée.

Une autre motivation à la polygamie est la désobéissance de la femme ; désobéissance envers son mari. Car quoi qu’on dise, le Beti n’accepte pas non plus que sa femme se querelle avec ses parents pour quelque raison qui soit. L’observation de ces principes a souvent fait passer les filles Beti pour des filles obéissantes. L’on peut dès lors comprendre pourquoi les Beti n’ont pas toujours accepté les mariages de leurs enfants avec d’autres groupes d’hommes aux mœurs inconnues.

D’autres personnes prennent plusieurs femmes lorsque des problèmes existent par rapport à la progéniture. En effet, dans la société beti, tout comme dans tous les peuples d’Afrique traditionnelle, avoir des enfants constitue aussi un prestige, un signe de la virilité de l’homme, mais aussi un signe de la fertilité de la femme.

Dès lors, tout mariage doit avoir pour finalité des enfants. Une femme qui éprouve des difficultés à faire des enfants, ou qui n’en fait qu’un ou deux est vite taxée de sorcière. Et son foyer ne tient qu’à un fil très mince. Le mari d’une telle femme est souvent obligé (parfois par sa famille) de prendre une ou plusieurs autres épouses. L’on peut dès lors saisir la raison pour laquelle dès qu’une femme beti est mariée, si après une période de huit mois (au maximum) elle n’est pas enceinte, alors qu’elle mène une vie de couple normale avec son mari, ladite femme va commencer à s’inquiéter, à fréquenter les vieilles femmes du village, qui ont des recettes pour rendre féconde une femme. Toujours à propos des enfants et de la polygamie, nous avons dit dans nos premiers articles que c’est le garçon, appelé à remplacer son père, donc à perpétrer la ligne ou le lignage ; c’est le garçon qui est le sexe préféré des hommes Beti. Dès lors, une femme qui n’en fait pas et donne plutôt des filles, peut se voir imposer une seconde voire une troisième femme derrière. Et tant que cet homme n’aura pas un fils, il pourra prendre autant de femmes que ses moyens le lui permettront. Beaucoup de femmes encore aujourd’hui se retrouvent dans un foyer polygamique à cause de ce problème.

Nous ne pouvons ne pas signaler que certains hommes également pour des raisons qu’ils ne peuvent eux–mêmes justifier se retrouvent polygames par mimétisme, juste pour imiter ce que font les autres.

Quant aux problèmes qui se posent dans un foyer polygamique, ils sont nombreux et les uns plus sérieux que d’autres, car dans plusieurs cas, la polygamie a fait des victimes, causé des dégâts parfois irréparables.

En effet, avec les anciens Beti, les problèmes dans un foyer polygamique étaient moindres, pour la simple raison que l’institution était érigée en norme et jamais elle n’a fait l’objet de contestations de qui que ce soit. Les jeunes filles à marier ou qui devaient entamer leur vie de femme au foyer étaient éduquées par les femmes les plus âgées sur le quotidien d’une femme mariée. Ainsi, une fille qui partait en mariage savait déjà à quoi s’attendre, grâce aux conseils de sa mère, de la belle–mère, de la femme la plus âgée du groupe.

Les problèmes de partage des biens, du vivant comme à la mort du mari avaient une influence moindre parce que la femme attendait peu de choses de l’homme, c’est elle qui produisait et ce qu’elle produisait était la propriété de son mari. Le partage de l’héritage, nous l’avons dit, se faisait devant les patriarches du lignage et les points pouvant causer des malentendus étaient réglés sur le champ.

Mais de nos jours, la polygamie constitue une véritable poudrière, prête à exploser et tout peut y mettre le feu.

En effet, la femme n’est plus une simple productrice, elle est devenue une personne qui a besoin d’être entretenue, soignée si elle tombe malade, recevoir de quoi manger si elle a faim, habillée… Dès lors, le premier problème que pose la polygamie aujourd’hui est d’énormes dépenses à faire pour mettre plusieurs femmes à l’abri du besoin. D’où la misère des enfants dans certains foyers polygamiques, lorsque les moyens dont dispose le père ne peuvent garantir le bien–être de tous.

Le deuxième problème qui se pose avec la polygamie est celui de l’équitabilité. En effet, la vie étant devenue plus dure, les femmes dans un foyer polygamique se montrent plus regardantes, plus rigoureuses quant à la répartition des moyens de subsistance par leur mari. Ainsi, une différence d’un ou deux morceaux de savon dans le partage peut suffire à mettre le chaos dans la maison. Cela est d’autant plus grave si le chef de famille a des préférences pour l’une ou l’autre de ses épouses.

Le même enjeu crée des problèmes lorsque le partage de l’héritage se pose. En effet, du vivant du mari, toutes ses femmes prennent la peine de chercher à entrer dans les faveurs du mari pour qu’avant sa mort, il lègue le plus de biens à ses enfants.

Et ce problème entraîne d’autres qui sont souvent tragiques. En effet, dans plusieurs familles beti, des hommes polygames ont perdu leur vie à cause des disputes et querelles de leurs femmes sur les faveurs que l’homme accorde à l’une ou certaines, au détriment d’autres. Plusieurs femmes, se sentant lésées ont souvent préféré ôter la vie de l’homme pour qu’elles soient toutes perdantes.

Dans d’autres cas, les femmes se lancent chez des charlatans et autres marabouts pour des recettes de charme à servir à leur homme, recettes qui finissent le plus souvent aussi à causer des décès ou des maladies dont certaines aboutissent souvent à la mort du mari.

Les mêmes raisons ont souvent aussi causer des infanticides ; dans des cas où un enfant en particulier serait dans les faveurs de l’homme, l’une ou la femme dont les enfants sont plus ou moins ignorés, cette femme dans plusieurs cas décide souvent d’ôter la vie de l’enfant élu du père, ou alors c’est un envoûtement qui peut lui être lancé. Plusieurs foyers polygames dans les sociétés beti ont connu ces problèmes, qui le plus souvent persistent, parfois avec des répercussions très désastreuses sur la vie adulte des enfants pourtant innocents dans ce combat irrationnel de personnes adultes.

En effet, loin de se limiter aux personnes concernées, la haine d’une femme qui s’estime lésée dans un foyer polygamique, poursuit souvent les enfants de sa ou ses rivales jusqu’outre–tombe. Ainsi, restée seule parce que sa rivale est décédée, ou bien a divorcé, la femme qui reste avec le foyer s’acharne alors sur les enfants de l’autre, pour leur faire payer toutes les peines que leur mère lui avait faites. C’est alors que ces enfants peuvent voir leurs études perturbées voire arrêtées parce que le père ne s’occupe plus de leur cas, ces enfants se verront imposer des travaux parfois au–dessus de leur force, alors même qu’ils ne mangent pas suffisamment à leur faim. Leur calvaire sera autant plus grave que le père n’a pas un pouvoir sur son épouse, ou qu’il se préoccupe moins de leur cas. Les conséquences sont connues de tous : délinquance juvénile, drogue, études arrêtées, vol, enfants de la rue, prison, etc…

Sans être des avocats de qui que ce soit, ni de quoi que ce soit, nous voulons tout simplement attirer l’attention des hommes, des jeunes Beti d’abord, sur les graves problèmes que pose la polygamie et leurs conséquences. Nous ne pouvons néanmoins terminer sans déplorer ou décrier le manque d’humanisme de ces femmes qui maltraitent les enfants de leurs coépouses divorcées ou décédées, car ces enfants ne sont que des innocents et plus grave, ce comportement jette le doute sur l’amour maternel, le cœur maternel que les femmes n’ont pourtant cessé de clamer haut et fort.

   


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