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Les Acteurs de l’Indépendance du Cameroun Français

   

L’homme est au centre de l’histoire. C’est l’Homme qui fait l’histoire. Que d’affirmations qui ne cessent de prouver la valeur de l’homme dans le temps. En effet l’histoire apparaît comme une suite d’évènements et de faits dont l’homme est concomitamment sujet et objet.

Pour la plupart des peuples qui ont été victimes de la domination étrangère à partir du XIXème siècle, les faits et les événements le plus marquants demeurent la lutte nationaliste pour la fin du joug colonial.

Depuis déjà une décennie, bien des Camerounais ont estimé heureux de se tourner vers l’histoire. De ce fait il s’est créé une conscience nationale se manifestant à chaque fois qu’on touche au patrimoine camerounais qui, du point de vue historique, est le sentiment nationaliste des Camerounais d’alors 62 ans plus précisément à partir du 10 avril 1948 lorsque fut mise sur pied l’UPC (Union des Populations du Cameroun).

En 50 ans d’indépendance, il est toujours des Camerounais qui se demandent quand viendront les beaux jours. En dépit des efforts ménagés par la classe dirigeante depuis 1982, les revendications des uns et des autres raisonnent de plus belle comme des grenouilles qui ne cessent de coasser au fur et à mesure que la marre se remplit d’eau jusqu’à ce qu’elles se retrouvent immergées dans un fleuve sans s’en rendre compte.

Certains préfèrent se souvenir des jours roses du passé lorsqu’ils sont dépassés par le présent quand ils perdent espoir du futur. Mais la question demeure où sont passés les cris d’allégresse d’il y a 28 ans lorsque « la rigueur et la moralisation » annonçaient le « Renouveau ». Les biographies, les Revues, les œuvres historiques se multiplient pour satisfaire l’appétit des Camerounais quant à l’action des premiers nationalistes. L’histoire de la lutte pour l’indépendance laisse donc entrevoir toute une galerie de personnages, regroupés en trois catégories et dont les actions, combien différentes les unes des autres, ont concouru à l’accession à la souveraineté.

Les Indépendantistes

Ce sont ceux–là qui se sont voués corps et âme à la revendication jusqu’au crépuscule de leurs vies. La plupart d’entre eux se regroupent au sein de l’UPC. Certaines grandes figures s’y dégagent :

  • Ruben UM NYOBE :

Né près de Boumnyebel en 1913, il se fait remarqué très jeune à travers son intelligence et son esprit rebelle. Déjà à 19 ans, il est exclu de l’Ecole Normale de Foulassi pour avoir mené l’un des tous premiers mouvements estudiantins africains contre la qualité de nourriture.

En bon Bassa, Um Nyobé soulevait là un problème dont sa tribu fut victime à savoir les mauvaises conditions de vie pendant les travaux forcés. Studieux, Um Nyobé entre dans l’Administration comme écrivain auxiliaire. Animé par un esprit critique et de Synthèse, il adhère au Cercle d’Etudes Sociales du Syndicaliste français Donnat où il acquiert une solide formation militante qu’il mettra en œuvre dans l’action politique. Influencé par les missionnaires américains, le communisme et la tradition, Um Nyobé deviendra un nationaliste charismatique. Ce qui lui valut la distinction de Mayoa Beck qui le proposa au poste de Secrétaire Général de l’UPC dont il triompha en décembre 1958.

En 1952, Um Nyobé confronté à C. René Guy Okala, posa le 2ème acte de l’indépendance du Cameroun devant l’assemblée des Nations Unies. En décembre 1954, il est mandaté par l’UPC pour intervenir devant la IVème Commission. Nationaliste radical, Um en assuma les conséquences. Contrairement à ses camarades qui choisirent l’exil, Um Nyobè opta pour la maquis dans sa région natale où il fut abattu le 13 septembre 1958 à 11h30.

  • Felix Roland MOUMIE

Né en 1925, baptisé Felix, surnommé Roland le héros légendaire, empoisonné dans un restaurant helvétique par un commando français au service d’Ahmadou Ahidjo, décède le 03 novembre 1960. Docteur, il fut élu Président de l’UPC et confirmé au Congrès d’Eséka en 1952 avant de se réfugier au Cameroun Britannique d’où il fit son périple dans bon nombre de pays africains. En 1959–1960, il fut pétitionnaire de l’UPC à l’ONU.

  • Ernest OUANDIE

Né en 1924 à Bafang, devenu enseignant après 3 ans passés à l’école primaire supérieure de Yaoundé, Ouandié adhère à l’UPC qu’il implante dans le Mbam. Vice–Président de l’UPC, il se réfugie au Cameroun Occidental après les émeutes de mai 1955 d’où il est expulsé en 1957. Après un séjour au Ghana, il rentre au Cameroun sous le pseudonyme d’Emile pour les maquis camerounais, et participe à la réorganisation de l’ALNK (Armée de Libération Nationale du Kamerun). Capturé le 19 août à Mbanga, il est exécuté à Bafoussam en 1971 à 10 heures.

  • Abel KINGUE :

Secrétaire Général du Comité Régional de l’UPC de Nkongsamba, Abel Kingue après avoir présidé la réunion de mai 1955 qui dégénéra en émeutes, réalisa sa « longue marche pour la Révolution » en 1955 escorté par 1 500 partisans. Il meurt en exil en 1964 après avoir réussi à soulever sur son passage des populations n’appartenant pas à son ethnie.

Les Collaborateurs

Ils entretenaient d’étroites relations avec l’administration coloniale et ne manquaient pas de recevoir l’aide de la métropole dont ils sont des marionnettes. On peut citer entre autre :

  • Ahmadou AHIDJO

Né à Garoua en 1924, il fait ses études primaires à Garoua avant d’intégrer l’Ecole Primaire Supérieure à Yaoundé. Elu vice–président de l’ATCAM (Assemblée Territoriale du Cameroun). Son mandat est renouvelé pour la 3ème fois en 1956. Le 16 mai 1957, il entre dans le gouvernement Mbida comme Vice–Premier Ministre chargé de l’Intérieur. Répondant aux appels de la France, Ahidjo démissionne de son poste dans le but de déstabiliser André Marie Mbida. En collaboration avec Ramadier, Haut–Commissaire de la France au Cameroun, Ahidjo est promu au poste de Premier Ministre en 1958.

Toujours sous la houlette de la métropole, il adopta les idées de l’UPC mais en traquant ses dirigeants. Avec l’accélération du processus d’indépendance institué par la France, le Cameroun adhéra à la Communauté française le 1er janvier 1959. L’année suivante Ahidjo put prononcer cette fameuse phrase « Camerounais, Camerounaises, le Cameroun est libre et indépendant », il est élu Président le 5 mai 1960. Mort au Sénégal, Ahidjo fut réhabilité par Loi n° 91/027 du 16 décembre 1991 au même titre que ceux qu’il braquait à savoir Um Nyobè, Ernest Ouandié.

  • Paul SOPPO PRISO

Né à Douala en 1911, il intègre le Service des Mines et des Travaux Publics de l’administration coloniale. Il entra dans la politique en intégrant le parti profrançais Jeucafra (Jeunesse Camerounaise Française) dont il devient tour à tour Président. Il créa le MANC et fut Président de l’ARCAM, Conseiller de l’Union Française, Président de l’ATCAM. Paul Soppo Priso se retire de la politique après son échec aux élections à l’Assemblée Nationale du 10 avril 1960 pour se concentrer aux affaires.

Les Opportunistes

Ils sont à la fois collaborateurs et opportunistes, ce qui leur vaut la dénomination de "cadavre politique".

  • Charles René Guy OKALA

Né en 1910 à Bilomo, il se lance dans la politique en intégrant la Jeucafra dans l’espoir de nouer des rapports avec les personnalités de renom. Opportuniste, Okala profita de son statut de membre de la Jeucafra pour réintégrer les commis des services civils et financiers du Cameroun. Dynamique, Okala se consacra à la Jeucafra qui était un parti d’intérêt. Après son élection à l’ARCAM, Okala créa l’USC (Union Sociale Camerounaise) en 1953 avec pour vocation de réunir les Camerounais. Soucieux de son parti, il formula un programme incompatible aux aspirations du Cameroun à savoir acquérir d’abord l’autonomie administrative avant de prétendre à l’autonomie politique.

En 1952, commandité par la France, Okala créa la surprise en soutenant les intérêts de la France contre Um Nyobé à New–York. Il participe au pouvoir dans le Gouvernement Ahidjo de 1958 comme Ministre des Travaux Publics. Mais sentant ses intérêts menacés, Okala rallia l’opposition avant d’être emprisonné. Sorti de prison, Okala, usant de son dynamisme et sa capacité de retourner la veste, devint chantre de la politique d’Ahidjo et fut propulsé au sein du groupe qui a pris en main le Cameroun le 1er janvier 1960.

  • Charles ASSALE

Politicien caméléon, il est l’un des Camerounais à avoir connu une longue carrière politique. Il ramena de Paris les statuts de l’UPC dont il réclame la paternité. Après sa mainmise sur le groupe « EFOULA MEYONG », l’on ne put même plus déterminer sa politique : tantôt on voyait un Assale pro–français, tantôt un Assale opposant, longtemps maire d’Ebolowa avant que l’opportunisme l’ait emporté sur le déterminisme, Assale fut nommé au poste de Premier Ministre sous Ahidjo.

Tels sont donc véritablement les acteurs de l'indépendance du Cameroun sous administration française. Mais il faut le dire, cette liste est loin d’être exhaustive car il est des personnages de renom qui croupissent encore à l’injure de l’histoire mais dont les actions resteront à jamais ancrées dans l’histoire. Une chose est vraie c’est que l’indépendance n’a pas profité à ceux qui l’ont farouchement recherchée, Philippe Gaillard affirme à ce propos que :

« La souveraineté nationale échappa à ceux qui avaient combattu pour elle et fut assumée par une classe dirigeante qui dans l’ensemble en avait délibérément freiné l’évènement quand elle ne s’y était pas franchement opposée ».

Ainsi au 1er janvier 1960, la plupart des nationalistes radicaux avaient déjà trouvé la mort pendant que d’autres étaient condamnés à l’exil. Ceux qui ont pris le pays à cette date étaient juste capables d’officier au culte d’allégeance au patron qui trouve toujours de soutien parmi les Camerounais eux–mêmes.

 
 

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