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La Fête de la Jeunesse et le 11 février au Cameroun, les interrogations légitimes sur une date aux fortes odeurs de politiques politiciennes

   

Le 04 juillet 1776, le congrès des Etats–Unis d’Amériques proclame l’indépendance du pays. Cette date est devenue aujourd’hui mémorable et constitue la Fête Nationale du pays de l’Oncle Sam. Le 14 juillet 1789, la Bastille, cette forteresse construite à Paris à la porte Saint–Antoine (1370–1382), d’abord Citadelle militaire, puis prison d’Etat, devenue un symbole de l’arbitraire royal, fut prise par le peuple de Paris et détruite peu après. Cette journée fut choisie en 1880 comme Fête Nationale de la France en commémoration de cet évènement qui marqua la Révolution Française d’un sceau particulier.

Le 17 août 1960, le Gabon accède à l’indépendance, cette date est devenue depuis sa Fête Nationale. Toutes les Fêtes Nationales ou l’essentiel de celles–ci en Afrique trouvent leur origine dans cette histoire des indépendances. Le Cameroun après avoir fêté dans le même ordre d’idées le 1er janvier en souvenir de l’indépendance proclamée par Ahmadou Ahidjo le 1er janvier 1960, à la suite du référendum du 02 octobre 1961 qui voit une partie du Cameroun occupée par la Grande Bretagne lors de la Première Guerre Mondiale en 1916, entérinée par la Société des Nations au mandat Britannique en 1919 et 1922 puis en tutelle Britannique en 1945, puis entraînée dans une République Fédérale et fondue finalement dans une République Unie aux termes d’un second référendum en 1972, le Cameroun, disions–nous se ravise finalement de changer la date de sa fête nationale qui en réalité ne concernait que la partie francophone, celle anglophone ne s’y reconnaissant point. Le 20 mai jour de référendum pour l’unification des deux Cameroun étant un jour symbole pour le pays tout entier eu égard à son avenir et à son devenir politique et administratif s’impose comme le jour de la Fête Nationale politique. Pourtant déjà depuis 1966, une autre date fait déjà partie du paysage des fêtes nationales du pays à côté également des fêtes religieuses chrétiennes et islamiques, ou civiles.

Mais cette Fête de la Jeunesse, Fête Nationale, d’où vient–elle ? Que commémore–t–elle ? Comment justifier le choix de sa date ?

Israël fait Ecole

A l’accession du Cameroun à l’indépendance, naturellement son entrée dans le concert des Nations s’accompagne par la reconnaissance des autres Etats déjà existants et l’établissement des relations diplomatiques avec qui il juge nécessaire. Ainsi aux lendemains de l’indépendance, comme avec tant d’autres, le Cameroun n’hésite pas à le faire avec Israël. Quelques temps après cette indépendance et l’établissement des relations diplomatiques, le Ministre camerounais en charge à l’époque des problèmes de la jeunesse, probablement le Ministre de l’Education de la Jeunesse et des Sports effectue une visite en Israël où il sera positivement marqué par l’encadrement de la jeunesse ici ; de là viendra l’idée d’une journée en l’honneur de la jeunesse. A son retour au pays, une invitation est adressée à la partie israélienne de se rendre au Cameroun ;  de la concertation entre les deux partenaires naîtra cette fameuse Fête de la Jeunesse en 1966, le 11 février.

Et si le 11 février fêtait un souvenir d’Ahmadou Ahidjo ?

Ils sont bien peu nombreux ceux qui pourraient nous dire avec précision pourquoi la journée du 11 février fut adoptée et pas une autre. Fut–elle choisie d’une manière forfaitaire ou fortuite ? N’y–a–t–il pas en dessous des manœuvres de politique politicienne ? Une certaine analyse de l’histoire du pays de l’époque n’est pas loin de nous conduire à une telle conclusion. Qu’on en juge !

Paul Biya, Président de la République du Cameroun depuis le 06 novembre 1982 en ce mois, de février 2008 est au pouvoir depuis 25 ans. Toute une génération de Camerounais ne connaît que lui en tant que Chef de l’Etat de leur pays bien qu’ils apprennent qu’il a eu un prédécesseur. Il est né le 13 février 1933 à Sangmélima. Le rapprochement entre le 11 février et le 13 février serait tentant. Pourtant en 1962, il vient à peine de débarquer au Cameroun après avoir terminé ses études de  Droit et de Sciences Politiques, bien qu’il entre par le haut dans l’administration camerounaise. Lorsque le 11 février 1966 est célébrée la première fête de la jeunesse, il est à peine au pays depuis quatre ans et n’est même pas encore en vue comme l’une des figures politiques marquantes du pays. Celui qui tient ferme la barque est Ahmadou Ahidjo, le premier Président de la République du Cameroun.

Né en 1924, cet ancien agent de l’administration des Postes, (devenu leader d’un parti politique), sous son instigation, le tout premier Premier–Ministre André Marie Mbida (depuis la Loi–cadre d’autonomie Gaston Deferre), sera déposé à la suite d’une motion de censure. Il en tirera parti car il remplacera Mbida et le 18 février 1958, il devient le deuxième Premier–Ministre du Cameroun. Il a alors 34 ans, et est jeune. Une position qui va lui permettre de proclamer l’indépendance du Cameroun francophone le 1er janvier 1960. Il devient également son premier Président, l’artisan de la réunification avec le Cameroun Britannique le 20 octobre 1961 et présidera aux destinées du Cameroun comme Chef d’Etat pendant près d’un quart de siècle, soit précisément pendant 22 ans, jusqu’au 06 novembre 1982.

C’est dire combien la date du 18 février 1958 fut un tournant dans l’ascension et la vie politiques de cet homme. Or le 11 février ne déplace l’anniversaire du 18 février que d’une semaine tout comme le 04 février (qui aurait pu être choisi aussi) tout en conservant le même jour de la semaine pour éviter que ne soit crié haro sur le 18 février comme Fête de la Jeunesse, ce d’autant plus qu’en 1962, les joutes politiques sont loin d’être une sinécure.
En 1966, c’est la consécration du parti unique avec par ricochet ses tendances totalitaires et la courtisanerie qui caractérise les serviteurs ici. De là à penser que soit on a voulu faire plaisir à Ahmadou Ahidjo, soit celui–ci a entendu rendre inoubliable un jour de sa vie si important, il n’y a qu’un petit pas qu’on n’hésiterait pas à franchir.

 
 

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