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Opérations Epervier et l’assainissement de la gestion des biens publics de l’Etat au Cameroun, convaincre pour éviter de semer la confusion dans les esprits.

   

Le Cameroun depuis quelques temps a engagé une opération d’assainissement de la gestion des deniers publics après avoir mené pendant des années le peloton de tête des pays les plus corrompus au monde d’après Transparency International. Cette opération qui porte le nom de code Epervier suscite de nombreuses questions ; il est à se demander jusqu’où on pourra aller ? Jusqu’à quand ? Et à partir de quel moment tiendra–t–on compte pour traquer les fossoyeurs de l’économie nationale ? Tous seront–ils inquiétés ? Qu’aura perdu l’Etat du fait de ces prévaricateurs du Trésor Public ; quel montant l’Etat pourra–t–il récupérer ? Mais avant tout, tout sentiment général, cette opération a besoin de convaincre. Et en tant de points, autant à l’intérieur du Cameroun qu’à l’extérieur.

Sonner la fin de l’impunité

Beaucoup de Camerounais n’ont pas encre oublié ce qui alors en son temps avait paru à leurs yeux comme une boutade, lorsque le Président Paul Biya répondant à la question d’un journaliste sur des malversations de certains responsables déjà décriées ici et là à la fin des années 80, laissait un doute quant à leurs preuves de culpabilité. Il semblait aux compatriotes du Président camerounais dont le mot d’ordre dès son accession au pouvoir le 06 novembre 1982 avait été la rigueur dans la gestion et la moralisation des comportements, que ce qui manquait le plus au sommet de l’Etat, c’était en réalité la fermeté qui permettait d’accompagner l’action dans cette volonté à la velléité proclamée, devant ce qui était si manifeste pour les citoyens que beaucoup de responsables ne se privaient pas de se donner à cœur joie dans les caisses renflouées douloureusement par l’effort des contribuables pour des fins personnelles détournant ainsi l’argent normalement destiné à des causes d’intérêt général.

Avec l’acuité de la crise économique qui a vu le Cameroun faire venir à son chevet les médecins particuliers que sont les institutions de Bretton Woods qui ont après diagnostic prescrit des ordonnances diverses qui avaient successivement pour remèdes au traitement Ajustement Structure, facilités d’ajustement structurel Renforcé et le dernier en date Initiative Pays Pauvres Très Endettés, une pression tacite ou expresse a alors pesé sur le Cameroun qui a presque lâché de laisse. L’heure est–elle vraiment à l’assainissement ? Aussi bien les Camerounais, qu’à l’extérieur (où l’image du pays a pris de l’ombre au sujet de cette gestion peu orthodoxe) on aimerait tant s’en convaincre.

Eviter la culpabilité à la tête–chercheuse

Beaucoup de choses se disent sur les gestionnaires des affaires de l’Etat. Beaucoup de dénonciations sont faites, de fausses comme de vraies. La presse ne cesse de publier des listes de prétendus fossoyeurs de l’économie nationale. Et pourtant malgré quelques arrestations spectaculaires suivies des condamnations effectives, le peuple reste sur sa faim. Certes il ne s’agit pas d’un jeu. Le sujet est bien trop grave pour être mené avec légèreté. Les enquêtes doivent être sérieuses ; les dossiers bien étoffés afin que les uns et les autres soient confondus.

Mais l’assainissement de la gestion des affaires publiques de l’Etat au Cameroun gagnerait également à ne pas prêter le flanc aux interprétations de politique politicienne dont ont tôt fait d’épouser les citoyens qui se demandent pourquoi les malheurs arrivent à certains à des moments précis et comme par hasard à des conjonctures particulières dans leur vie politique. Aussi le Camerounais ordinaire n’hésitait–il pas à faire le parallèle des déboires judiciaires de l’ex–ministre Titus Edzoa avec sa « trahison » vis–à–vis du régime dont il était pourtant l’un des pontes et dont il estimait qu’il ne faisait que payer son hardiesse de crime de lèse–majesté quand il osa défier son maître contre toute attente en décidant de briguer la présidence de la République à l’élection qui se profilait à l’horizon 1997, non sans avoir pourfendu ce régime qu’il avait servi avec tant de zèle, ceci malgré la pertinence des éléments qui se dégageaient au cours du procès.

On aura aussi entendu des choses bien difficiles à vérifier dont les élucubrations débordantes des politiciens qui en avaient intérêt dans le contexte de l’époque avaient réussi à installer certaines populations dans la confusion pour le cas de Pierre Désiré Engo ex Directeur Général de la Caisse Nationale de Prévoyance Sociale. On a même été jusqu’à dire que comme par hasard, les responsables ressortissants d’un coin bien précis de la République dont les noms de manière itérative ne cessent d’apparaître dans les différentes listes des criminels économiques de l’Etat restent intouchables. Et voilà qu’avec l’arrestation de l’ex–Ministre de l’Economie et des finances Polycarpe Abah Abah et de celle de l’ex–Ministre de la Santé Publique Urbain Olanguena Awono, on n’hésite pas à voir un règlement de comptes à l’intérieur du RDPC, parti au pouvoir en vue d’éteindre le G11 qui a tant fait parler de lui ces dernières années, présenté par la presse comme un groupe de progressistes à l’intérieur du parti des flammes, celui du Président de la République en place, opposé à la révision constitutionnelle et particulièrement de l’ancien article 6 alinéa 2 qui limitait le nombre de mandats présidentiels à deux au maximum et mettait à l’écart Paul Biya en 2011 afin de favoriser l’émergence d’un nouveau leader et permettre l’alternance.

Ceci et cela se disent ; vérités et contre vérités assurément se bousculent. Le pouvoir est un art qui requiert sans doute aussi une certaine maîtrise, de la maturité. Il ne doit pas normalement dans son action devenir esclave de la rumeur. Mais il ne saurait aussi faire fi de celle–ci. Aussi a–t–il intérêt à éclaircir des situations cocasses comme toutes celles là qui ternissent autant une opération vitale à plus d’un titre que celle liée à l’assainissement de la gestion des deniers de l’Etat. Le peuple, les bailleurs de fonds et la communauté internationale ont besoin d’être rassurés de la crédibilité des opérations Eperviers.

Trêves de paradoxes

En punissant tous les coupables, un très grand service sera rendu au Cameroun et à ses enfants et même à l’homme qui incarne aujourd’hui les institutions de l’Etat. L’histoire est intraitable et les vérités finissent un jour ou un autre à apparaître au grand jour et au grand dam de ceux qui auront voulu les étouffer ou édulcorer.

Pour cela la méthode et les procédures doivent également dissiper les regrettables malentendus qui ont tendance à semer la confusion des uns et des autres. On citera notamment ce paradoxe qui fait qu’après qu’un responsable ait connu une promotion d’un service pour un autre (signe en principe de récompense d’un travail bien fait), quelques temps après curieusement, il soit plutôt traîné en justice pour des fautes lourdes commises pour ce qui devrait être la récompense de la qualité des services rendus. C’est d’autant plus suspicieux quand les années passent et qu’entre temps il peut s’avérer que dans son nouveau poste ou sa nouvelle fonction, peut–être ses états de service peuvent apparaître comme irréprochables.

Alors il vaut mieux encore battre le fer quand il est chaud. Pour que des doutes ne bénéficient pas à des criminels qui seraient pourtant des grands « assassins » du Cameroun.

 

 
 
 

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