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Et si les Manifestations Sociales de Février 2008 Servaient le Président Camerounais Paul Biya

   

A la faveur des manifestations socio–politiques de février 2008, on a assisté au Cameroun à des réactions diverses. L’écrasante majorité des politiques a condamné les violences et les exactions ; on en a vu également qui ont semblé jubiler des malheurs du régime en place caressant le secret espoir de voir la rue acculer le Président à ses derniers retranchements pour ceux–là dont l’alternance politique au sommet de l’Etat ne devrait souffrir d’aucune négociation ; quel que soit le prix à payer avec les pertes à enregistrer.

Comment passer sous silence les positions controversées de certaines personnalités morales du pays condamnant dans les médias ayant pignon sur rue dans la nation mais qui ne manquaient pas de présenter la situation avec emphase dans les colonnes ou les micros des organes de presse à l’international. La prompte réaction de Paul Biya qui permet d’entrevoir une lueur d’espoir tout en étant saluée, n’empêche pas toutefois de se poser une interrogation pertinente : si ces manifestations servaient finalement les intérêts de Paul Biya ?

L’occasion de franchir le pas contre la volonté des institutions de Bretton Woods

Avant l’atteinte du point d’achèvement de l’initiative PPTE et à l’échéance de celle–ci, les membres des différentes délégations du Fonds Monétaire International (FMI) et de la Banque Mondiale qui se succédaient à Yaoundé, ne faisaient pas mystère de leur opposition à une éventuelle revue des salaires du personnel de l’Etat à la hausse. L’Etat camerounais devant la pression latente des citoyens n’avait pourtant pas cessé de céder du terrain dans cette revendication somme toute légitime.

Le Gouvernement avait laissé entrevoir une telle perspective à travers un certain nombre d’opérations d’assainissement des portefeuilles de l’Etat ou des recensements successifs du personnel de l’Etat SIGIPES. Il n’est pas jusqu’au Chef de l’Etat en personne qui n’ait nourri cet espoir aux Camerounais dans un discours officiel à la nation. Le temps passait et cela pour les populations apparaissait davantage comme relevant de la démagogie du parti au pouvoir, le Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais.

La pression sociale de la rue de février 2008 coïncide avec la présence à Yaoundé de la délégation d’une de ces institutions de Bretton Woods et qui sera témoin presque oculaire du vandalisme, des pillages et autres débordements sanglants sur fond de revendications d’un mieux–vivre dont l’une des impératives solutions pour l’amélioration du pouvoir d’achat des Camerounais passait par le relèvement des salaires, ce qui sera concédé par Paul Biya parmi les mesures de crise que son gouvernement et lui arrêteront. De quoi amener le FMI et la Banque Mondiale à reconsidérer leur position de principe quant à la volonté longtemps hypothéquée de revaloriser les salaires.

La prise à témoin de la communauté internationale pour la restauration de l’autorité de l’Etat

Les dégâts matériels et les pertes en vies humaines ajoutées à la facture financière sont fâcheux. Pire encore alors que le Cameroun sort d’une longue crise et essaie de relever timidement la tête de l’eau en reconstruisant une économie exsangue qui appelle un retour de gros investissements, qui se concrétise par le défilé de grands investisseurs à l’Immeuble Etoile, siège de la Primature où des négociations sont conduites avec des partenaires venant de divers horizons, c’est une très mauvaise opération de marketing économique à laquelle le Cameroun avait droit là.

Heureusement les choses étaient conclues ou en voie de l’être pour le grand projet de l’usine de transformation de fer de Mballam à l’Est qui devrait coûter plus de 2 000 milliards de FCFA et qui doit voir le réseau de chemin de fer prolongé d’environ 400 km de cette localité vers Kribi. Au moment des manifestations, une délégation d’hommes d’affaires Sud–africains était au Cameroun pour le projet de construction de l’autoroute Yaoundé–Douala.

De quoi semer la panique parmi ceux–ci et plus encore à faire prendre peur à tous les autres qui miroitent autour de nombreux autres projets en perspective, le port en eau profonde de Kribi, l’usine de cimenterie de Limbé, l’exploitation de pétrole d’Iroko à Bakassi, l’usine de gaz de Kribi, les différents stades de football et palais des sports dans les chefs–lieux de provinces etc. Des projets qui requièrent tous une stabilité politique, gage d’un climat de confiance nécessaire pour la sérénité des uns et des autres.

Plus grave, la sécurité même des personnes physiques était en jeu. Le ballet diplomatique des Chefs des différentes chancelleries représentées à Yaoundé pendant les jours qui ont suivi les lendemains du début de crise imposait des mesures concrètes rassurantes et permettait leur compréhension bien qu’assez énergiques si elles avaient pour objectif la restauration de l’autorité de l’Etat en faisant que « force revienne à la loi » ou « au droit ».

Le contrôle du jeu politique national par le parti au pouvoir

Que les populations expriment leur ras–le–bol du fait de la vie chère est tout à leur droit ; qu’un syndicat de transporteurs décide de manifester par la voie de grève pour exprimer des revendications catégorielles sur la hausse des prix du carburant à la pompe est somme toute normale. Mais face aux débordements qui en ont suivi, que des hommes politiques se confondent à des faits et à des déclarations se départissant de la responsabilité dont ils doivent faire preuve, voilà qui leur fait perdre en crédibilité, qu’on en retrouve à la tête d’une horde de casseurs et que des poids lourds de l’opposition en arrivent à faire l’apologie de la violence sans aucun égard à des jeunes citoyens qui ne comprenaient sans doute absolument rien à des questions dont ils ne maîtrisaient même pas les enjeux à l’instar de la révision constitutionnelle ou de l’alternance politique et dont l’exploitation de leur naïveté a conduit à la perte de leurs vies humaines est d’une infamie de nécrophage.

Tout cela s’est pourtant vu au Cameroun pendant les événements de février 2008. Il est à craindre que fort de tous les dérapages, la communauté internationale soit plus encline à être moins dure et moins regardante sur la mainmise du RDPC et de Paul Biya sur le contrôle du jeu politique national, privant ainsi l’opposition d’un moyen non négligeable de pression, leur laissant ainsi le champ libre pour mener à bien et à leur rythme la politique nationale.

La révision constitutionnelle et la perspective d’un autre mandat à Paul Biya et son parti pour 2011.

Beaucoup d’acteurs de la scène politique ne rêvent que d’alternance au sommet de l’Etat à l’échéance du dernier Septennat de Paul Biya en 2011. Il ne fait l’ombre d’aucun doute que depuis plusieurs mois, le RDPC entendait initier un projet de révision constitutionnelle notamment le fameux Article 6 alinéa 2 qui limite les mandats présidentiels dans le cadre des septennats à un maximum de deux et que le parti au pouvoir entend battre en brèche en faisant voler cet écrou.

En accordant aux Camerounais toutes ces batteries de mesures qui, si elles sont appliquées, peuvent apporter un plus dans le quotidien des populations, l’opposition dure ne court–elle pas le risque de voir le peuple se détourner complètement de ses objectifs de faire partir Paul Biya du pouvoir en 2011, car ne trouvant aucun intérêt à cette cause. Au contraire la population n’aura–t–elle pas pour souci de voir la politique des grandes ambitions de Paul Biya se prolonger dans le temps si tant est qu’une rupture intervient véritablement dans la gestion des affaires publiques et du pays dans son ensemble.

On pourrait ajouter aussi le prétexte de la pression de la rue comme raison pour Paul Biya à plus de rigueur quant à la gestion des deniers publics de l’Etat ; ce qui lui permettrait de lâcher un peu plus ses amis et pontes du régime convaincus d’indélicatesse et à mettre fin au règne de l’impunité qui a fait son lit au Cameroun.

En définitive, contrairement à l’effet espéré par le noyau dur de l’opposition radicale pure et dure, à la société civile dont les positions sont proches de cette position, on peut dire qu’avec les manifestations des 23 au 27 février 2008, Paul Biya s’en tire plutôt bien ; car les événements semblent avoir joué plutôt à son avantage.

 
 

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