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Revendications, crises sociales et trains de mesures de l’Etat de février–mars 2008 : fallait–il d’abord en arriver là ?

   

Le Cameroun vient de traverser une secousse sociale d’une amplitude non négligeable rappelant une période assez pénible sur les plans socio–politiques et économiques de son histoire, celle des années de braise du retour au pluralisme politique mis de côté avec l’institution officielle du monopartisme dans le cadre de l’UNC (Union Nationale Camerounaise en 1966), et l’ouverture à plus de démocratisation consécutive à la chute du mur de Berlin en 1989 et au vent de l’Est qui en a découlé, emportant avec lui le totalitarisme des pays du Bloc Communiste sous la houlette de l’ex–URSS qui servait de rempart dans le cadre de la guerre–froide aux dictatures africaines, sans oublier l’effet boomerang du discours de La Baule de l’ex–président français, feu François Mitterrand en mai 1990 lors du sommet franco–africain invitant ses pairs à la démocratisation et y conditionnant l’aide.

Ce vent de contestation et de fronde pour une expression plurielle et de plus de libertés publiques et individuelles n’épargnera pas l’Afrique. Il conduira même au pays de Paul Biya à des manifestations sanglantes et à un phénomène baptisé « Opération Villes–Mortes » dont la responsabilité est non négligeable dans les difficultés économiques auxquelles le Cameroun était engouffré et dont il essaie de sortir timidement aujourd’hui. Pendant que toutes ces images semblaient reléguées à un triste souvenir, le fantôme s’est réveillé de ses cendres et bis répetita.

Un bilan lourd consécutif à la grogne contre la vie chère et à la mal–Gouvernance

Il n’était de secret pour personne que le Camerounais ploie presque dans une misère sociale paradoxalement à toutes les potentialités qui sont celles du pays. Les fonctionnaires et agents de l’Etat qui constituent la classe sociale principale sur laquelle repose essentiellement la consommation d’une production locale presque asphyxiée ont connu une double baisse des salaires aggravée encore par la dévalorisation du franc CFA. Ils ne cessaient de revendiquer une augmentation des salaires, ou tout au moins leurs relèvements ; le chômage et particulièrement celui des jeunes diplômés sans aucune perspective d’avenir pendait comme une épée de Damoclès.

Le pouvoir d’achat de la grande majorité des Camerounais a atteint une côte d’alerte véritablement inquiétante et les denrées de première nécessité ne cessaient de connaître une telle inflation qu’on ne pouvait imaginer jusqu’où cela pourrait aller. Pour tout dire, le Camerounais en était réduit à une précarité qui a pour nom, un mal–vivre déshonorant. Ce d’autant plus que la source de ses malheurs semblait provenir d’un diagnostic qu’il a établi et dont la raison était la mal–gouvernance apparemment confirmé par la regrettable impunité établie dans la légèreté caractérisée de la gestion des deniers publics.

Et puis le ras–le–bol est arrivé grâce à une revendication catégorielle sur les prix du carburant à la pompe des Syndicats des transporteurs. Et le pays a embrasé.

L’Ouest, le Littoral, le Nord–Ouest n’ont surpris personne. Par delà la langue de bois de certains thuriféraires du régime et bien des hypocrites, (qui noient une minorité de tous ceux–là qui pour des causes nobles quelconques peuvent prétendre au contraire) ; ces Provinces ou Régions vomissent Paul Biya, et sont d’ailleurs les plus acharnés opposants à la Révision constitutionnelle envisagée et notamment le fameux article 6 alinéa 2. Le Sud–Ouest a habitué les Camerounais à ce ballet politique qui fait tanguer la position de ses populations et qui fait réfléchir plus d’un quand il faut parler des bastions viscéralement opposés au régime de Paul Biya ; mais n’empêche que le retrouver parmi les Provinces embrasées est loin d’être un phénomène exceptionnel.

La grande surprise est venue plutôt de Yaoundé dans le Centre où de nombreuses pertes à l’instar des autres Provinces citées, ont été enregistrées, quelle que soit l’explication apportée par les uns et les autres.
Au demeurant, une chose est sure : le bilan est lourd. Officiellement 40 morts, largement plus pour certaines ONG relatives aux Droits de l’Homme ou à certaines personnes morales de la place, édifices publics et privés brûlés ou endommagés, pillages et autres excès sur plus d’une quarantaine de localités de ces cinq Provinces sur une dizaine que compte le pays. Des centaines de milliards en fumée.

La prompte réaction des autorités ne prouve–t–elle pas qu’on aurait pu économiser ces milliards perdus

On était encore à se demander en fin de compte à quoi le Cameroun en serait réduit que le Président Paul Biya sifflait la fin de la récréation en mettant un terme à cette dictature d’un autre type, celle imposée par la rue, car force devait revenir au droit et en les institutions qui l’incarnent. L’autorité de l’Etat était restaurée. Et une cascade de mesures était annoncée comme miraculeusement. Le Père Noël rendait véritablement visite aux Camerounais.

Même les réserves portées par les institutions de Bretton Woods telles qu’elles se dégageaient régulièrement des officiels des délégations à Yaoundé ces trois dernières années, étaient battues en brèche ; aussi les fonctionnaires verront–ils à compter du 1er avril 2008 leurs salaires de base relevés de 15 % et les indemnités de logement fixées à 20 % ; les prix des denrées de première nécessité dont on se donnait tant de mal à trouver des justifications et à montrer l’impossibilité de faire quoi que ce soit, curieusement étaient revues à la baisse etc, etc.

De quoi se demander au juste s’il fallait qu’on en arrive d’abord à tant de dégâts. Quand on sait que gouverner c’est prévoir, à moins que …………..

 
 
 

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