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Débat sur la révision constitutionnelle de l’Article 6, Alinéa 2 au Cameroun.
L’alternance gage de changement positif ou de développement économique ?

   

Le débat politique en cours au Cameroun depuis quelques années et surtout depuis la grande interview de Paul Biya à la nouvelle chaîne de télévision France 24 et le folklore théâtral des motions de soutien qui en a suivi à travers le territoire national de la part des organes du RDPC, focalise l’attention sur la révision constitutionnelle (notamment le fameux article 6 alinéa 2 limitant le mandat présidentiel septennal à deux au plus), sans doute trouvera la question tranchée dans le cadre de la présente session ordinaire de l’Assemblée Nationale où le parti au pouvoir bénéficie de la majorité absolue.

Pour d’aucuns, il eut été préférable de soumettre cette question au référendum pour plus de légitimité ; pour d’autres, les représentants du peuple jouissent tout aussi de cette légitimité pour se prononcer sur le sujet, habilités qu’ils sont en cela par la Loi Constitutionnelle de 1996 elle–même. D’autres auraient préféré que cette révision porte sur d’autres points pertinents à l’instar de la durée de l’intérim en cas de vacance de pouvoir au sommet de l’Etat. Les quarante jours au plus  prévus dans la Loi Fondamentale avant examen à l’Assemblée Nationale étant peu réalistes pour conduire à terme la procédure.

A l’observation de la scène politique camerounaise et des événements récents on voit mal comment l’opposition ou même la société civile auraient pu empêcher que la révision constitutionnelle de Paul Biya et du RDPC ne passe comme une lettre à la poste. Est–ce pour autant que le Cameroun peut–être considéré comme condamné dans sa démocratie ou pour son développement économique comme le pensent les plus alarmistes ?

Le Cameroun dans un monde qui offre un échantillonnage au polymorphisme de modèles démocratiques

Le Cameroun à l’instar de nombreux autres Etats du continent est honnêtement et objectivement à l’école de l’apprentissage démocratique. Les expériences et les modèles pratiqués à travers le monde leur offrent un large éventail de sources d’inspiration. Aux régimes présidentialistes des pays comme les Etats–Unis d’Amérique, on peut opposer d’autres régimes de type parlementaires comme celui en vigueur en Allemagne ou effectif en Israël où les Présidents de la République ne jouent qu’un rôle honorifique. A l’intérieur des exemples de type parlementaire, on retrouve des formes d’Etat tout aussi diverses qui sont tantôt la République, tantôt la monarchie. Tout ce bazar d’organisation institutionnelle non homogène à l’intérieur même du continent et plus encore d’un continent à un autre a encouragé et facilité cet échantillonnage en Afrique aux modèles polymorphes.

Le Cameroun a choisi la forme républicaine de son Etat et y reste attaché.

Dans la pratique quotidienne de la démocratie bien que celle–ci ait un sens précis, n’empêche qu’elle se manifeste tout aussi diversement. Pour ce qui est de l’élection du Président de la République française par exemple, elle se fait en principe à un scrutin à deux tours si aucun candidat n’a eu la majorité absolue au premier entre les deux candidats les mieux classés et dans un suffrage universel direct. La constitution de la Vème République en vigueur depuis 1958 a laissé la latitude à un Président d’être élu autant de fois que possible bien que la pratique en France nous ait habitué jusqu’à ce jour à un maximum de deux mandats. La Fédération des Etats–Unis d’Amérique quant à elle élit le Président et le Vice–Président de son administration dans un scrutin de liste au suffrage et aux modalités plus complexes qu’en France.

La Constitution Fédérale a réglé le problème de l’alternance en fixant le nombre de mandat en tant que Président au plus à deux. Et que dire de l’exemple du Royaume Uni de Grande–Bretagne dont la composition territoriale en elle–même est pour beaucoup assez peu ordinaire à quoi il faut ajouter une forme surannée de régime étatique, la monarchie, comme aux Pays–Bas, au Danemark, en Espagne, en Suède, en Finlande etc… ; mais des Etats dans lesquels toutefois on ne saurait nier l’effectivité de la pratique démocratique.

C’est dire que l’alternance au sommet de l’Etat est fonction de la manière dont le peuple dans un Etat entend s’organiser en considération de nombreux facteurs qui peuvent tenir à son histoire, à sa culture, à ses hommes, à sa sociologie etc. Alors un troisième et même un quatrième mandat en eux–mêmes ne condamnent pas absolument le jeu politique au pays de Roger Milla et des « Lions Indomptables », au pays de Ferdinand Oyono, de Mongo Beti, des Calixte Beyala, Francis Bebey, Françoise Mbango et autres Manu Dibango, Adamou Ndam Njoya et Ni John Fru Ndi. L’essentiel étant que chacun sache jouer à bon escient sa partition à son niveau et que les uns et les autres s’efforcent à ne pas se tromper de combat dans l’amélioration de cette démocratie et le développement économique du pays. D’ailleurs les possibilités d’alternance demeurent.

D’autres voies restent ouvertes pour l’alternance dans la vie politique du pays

Les vertus de l’alternance sont certaines et il est légitime que les uns et les autres aient à cœur cet idéal. Mais si tant est que en principe le verrou de la limitation de mandat au sommet de l’Etat saute, l’espoir de cette alternance est loin d’être perdu pour plusieurs raisons.

D’abord une raison liée à la personne de Paul Biya. A 75 ans, il ne peut pas échapper à la loi de la nature qui veut qu’un jour ou l’autre l’homme quitte ce monde sous le poids de l’âge comme Houphouët Boigny en son temps en Côte–d’Ivoire, ou même d’une manière brusque pour des raisons quelconques. Il ne faut pas oublier que les hommes passent et les institutions demeurent. D’autre part, il ne faut pas écarter péremptoirement l’hypothèse d’une mise à l’écart volontaire de Paul Biya pour des raisons qui pourraient lui être propres et personnelles ou même politiques comme on l’a vu en France en 1995 avec François Mitterrand ou en 2007 avec jacques Chirac.

Ensuite, tout de même une élection est quand–même chargée d’une certaine dose d’incertitudes. Même là où les jeux semblent pipés d’avance, on n’est jamais à l’abri des surprises. On a vu en Afrique des Présidents en fonction perdre là où pourtant l’opposition n’avait eu de cesse de crier à des victoires volées. Au Sénégal Abdoulaye Wade a bel et bien fini par gagner devant Abdou Diouf. L’actualité brulante est celle du Zimbabwe quand on sait le climat délétère qui a entouré la période avant–élections générales qui y ont lieu. Robert Mugabe ayant pratiquement fermé la porte aux observateurs occidentaux, il était subodoré à coups sûrs une forte odeur d’irrégularités tendant à maintenir le vieux combattant au pouvoir contre vents–et–marées. Et voilà l’opposition qui remporte la majorité aux législatives ; et à la présidentielle, tout devient possible avec au moins un deuxième tour, incroyable avant le scrutin, au mieux des cas pour ce père (avec d’autres compagnons) de l’indépendance du Zimbabwe.

Alors aux uns et aux autres de se remuer pour une dynamique idoine pour cette alternance si souhaitée. Fera–t–elle seulement un gage de changement positif ? Quelles garanties de développement économique offre–t–elle ?

Les incertitudes de l’avenir dans l’alternance

Le vrai combat de l’Afrique est celui du développement, et surtout économique. Dans l’alternance ou pas, quel est d’ailleurs l’intérêt de l’homme pour celle–ci si celui–ci vit dans des conditions dégradantes qui le réduisent à une misère humiliante, qui le ravalent à l’animalité dans son quotidien ; vivre décemment est son souci principal ; manger, se soigner, subvenir à ses besoins élémentaires sont ses principales préoccupations. Et le développement économique de nos pays favorise un tel état de choses ou pas ? Pourvu que la redistribution des produits de la croissance suive.

On n’oubliera pas de relever que cette croissance économique ne va pas forcément de pair avec la démocratie ou des régimes qui s’en réclament. Et les exemples des dragons asiatiques où on a vu des pays émerger économiquement tantôt dans des dictatures, tantôt dans des Etats où l’alternance était loin d’être la caractéristique première des régimes, sont édifiants à ce sujet.

Et encore que l’alternance en elle–même ne garantit aucune amélioration ni quant à la vie quotidienne des citoyens, ni quant à la pratique démocratique dans l’Etat. Après les passages d’Houphouët Boigny et d’Abdou Diouf respectivement en Côte–d’Ivoire et au Sénégal. Ces pays s’en portent–ils mieux ? Pas assurément. On a même vu le peuple béninois qui en avait assez de la présidence presque « à vie » de Mathieu Kérékou le chasser du pouvoir dans l’élection présidentielle qui a suivi la conférence nationale souveraine dans ce pays ; le regretter au point de le faire revenir à la place de son successeur Nicéphore Soglo, à la fin du mandat de ce dernier.

Et que dire de l’exemple kenyan de l’alternance qui vient de voir ce pays d’Afrique de l’Est traverser des moments difficiles. On est passé de Daniel Arap Moï à Mwaï Kibaki et à la dernière élection, le peuple l’aurait éjecté du pouvoir auquel il s’est cependant accroché mordicus ; on a failli frôler le chaos dans la catastrophe qu’a traversé le pays. Aux termes de la médiation de la communauté internationale, les négociations ont conduit à une entente sur le partage. On pourrait citer bien d’autres exemples.

Ce n’est pas pour dire qu’il n’y ait pas des cas où l’alternance conduit à un changement positif dans la vie politique du pays ou dans la manière de vivre des citoyens au quotidien, mais il faut reconnaître que tel n’est pas toujours assurément le cas. Alors que les hommes politiques camerounais fassent seulement preuve d’ingéniosité et de responsabilité quand il est question du Cameroun.

D’abord qu’ils ne se trompent pas de combat ; de ces combats qui valent la peine comme proposer un projet de société pensée et crédible aux Camerounais, le développement économique. Et ensuite convaincre en mettant en place une stratégie idoine pour s’attirer les faveurs des suffrages en 2011. Pendant qu’il est encore temps.

 
 
 

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