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Aimé Césaire est mort, mais...

   

Aimé Césaire est mort, mais vive…………………. Le Père et chantre de la Négritude et son combat pour l’affirmation de l’identité noire

En ce milieu du mois d’avril 2008 le 17, vient de mourir un grand homme ; un homme exceptionnel. Un homme qui aura marqué l’histoire du monde sur un de ses pans. D’aucuns retiendront de lui sa facette politique (maire et député pendant plusieurs dizaines d’années, mieux un demi–siècle), mais sa dimension d’hommes de lettres attirera davantage l’attention et marquera à jamais, ou tout au moins pendant quelques siècles l’humanité.

« Nègre je suis, Nègre je resterai ».

Le propos ici n’est pas de faire une biographie, ni de présenter sa bibliographie. Des autorités compétentes se sont chargées et se chargeront de les faire. On notera seulement pour l’essentiel ce combat engagé à un moment pas évident où le noir était regardé avec tant de complexes et de condescendance et que, lui–même avait passivement et candidement intégré et assimilé dans sa conscience collective cette infériorité de sa race. Avec d’autres, Senghor, Damas, ils donneront naissance à un mouvement littéraire, la Négritude, dont on lui reconnait d’ailleurs la paternité du nom. Ce combat de l’affirmation identitaire du Noir est alors dirigé vis–à–vis des autres naturellement, mais aussi vis–à–vis du noir qu’il appelle à affirmer sa fierté d’être Noir à travers poèmes, pièces de théâtre et tout autre moyen indiqué.

Le propos réveille et éveille la conscience de ses semblables, le discours permet à la même occasion à la vérité d’être restaurée. Il est souvent difficile de percevoir la pertinence, les risques et périls d’un combat une fois le contexte déplacé, n’empêche que ce combat qui aurait pu paraître suranné à certains à certaines époques est plus que jamais actuel au moment où l’écrivain tire sa révérence. Il suffit de regarder autour et parmi nous.

Assumer sa culture

Affirmer son identité noire implique également affirmer sa culture identitaire locale. On ne saurait alors comprendre cette hantise des filles et femmes noires à devenir « blanches ». Toutes les recettes y passent pour se décolorer la peau. Et même des hommes s’y mettent. Les femmes se tuent à avoir les cheveux comme les blanches. Le snobisme demeure de mode : pour ne pas paraître arriéré, il faut faire comme les autres, il faut se mettre à l’occidentale. Regrettablement, on ne sait même plus parler sa langue véhiculaire africaine, on a presque honte de danser ses rythmes culturels. Ne soyez donc pas surpris que des jeunes africains noirs soient incapables de vous narrer trois, quatre, cinq, six… contes. Les épopées lyriques locales sont tournées en dérision. Les coutumes sont abandonnées quand elles ne sont pas tout simplement honnies.

Cherchez à savoir d’une fille quelle est sa tribu, elle vous répondra peut–être. Quel est son clan devient trop lui demander. « Je n’ai pas trop grandi au village » tentera–t–elle de s’excuser maladroitement. Lui parler de la dot ainsi qu’à son frère et à son prétendant est déplacé par rapport à leur conception du modernisme. Et tous les jeux traditionnels auxquels les jeunes s’adonnaient avec tant d’enthousiasme et de convivialité jadis ne sont plus bons aujourd’hui qu’à entretenir la nostalgie des hommes d’un certain âge quant à des moments dont ils gardent les meilleurs souvenirs, le port vestimentaire, etc. Et vous direz que Césaire est mort et son combat dépassé ?

L’irréductibilité de l’universalité du monde

Le combat du penseur martiniquais ne cantonne pas le nègre à son identité originelle. Au contraire il a la force de regarder demain ; c’est–à–dire c’est une œuvre en perspective plongée dans le passé et le présent de l’imaginaire du peuple noir. Dans le Discours sur la colonisation, Césaire est sentencieux : la colonisation corrompt le colonisateur et le colonisé.

Si la question de l’homme noir reste posée, il s’agit toutefois d’un humanisme à la dimension du monde. D’où le souci du futur, de l’avenir. Un appel à se mettre en route, à l’espérance, au futur et à déclore le monde.

Le monde est devenu un village planétaire. Dans ce contexte de mondialisation Césaire dans Cahier d’un Retour au Pays Natal voyait déjà le Noir « Debout demain »  œuvrant et invitant celui–ci à l’ouverture sur ce demain. D’où une singularité d’être noir mais dans l’universalité. Etre différent mais en vivant ensemble.

C’est une pensée de la lutte, du soulèvement qui affirme toutefois l’irréductibilité universalité du monde. S’il s’agit des questions identitaires, c’est une identité réconciliée à l’universel. C’est dire que la négritude d’Aimé Césaire se définit dans cette universalité et non dans la problématique. C’est une négritude qui plonge dans une existence et une présence qui est là. Il s’agit de prendre conscience que le monde est pluriel et que l’Europe ou l’Occident ne sont pas le monde. Mais construire une universalité en tant que universel des singularités. Si l’affirmation de l’identité noire invite à une fierté d’être noir en assumant sa culture tout en s’ouvrant aux autres, le titre de ses entretiens avec une enseignante dans une université de Londres Françoise Verges « Nègre je suis, Nègre je resterai »  résume le combat de l’homme. Comment repenser l’universel mais avec une participation à une communauté plus large plus qu’un racisme antiraciste comme d’aucuns ont tendu réduire sa négritude. Un  débat sur lequel on deviserait longtemps encore. L’humanité à coup sur a trouvé et trouvera son compte dans son perfectionnement. Si l’homme des lettres est mort biologiquement, physiologiquement et physiquement, son combat sera encore pour longtemps vivant. Alors Aimé Césaire est mort, mais vive le chantre de la Négritude !

 
 
 

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