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Le mal–vivre et son lot de tensions sociales assiègent l’Afrique

   

Lorsque fin février les émeutes éclatent à travers un certain nombre de villes au Cameroun, de nombreux médias occidentaux, dont la ligne éditoriale sur l’Afrique semble être de mettre en gros plans les déboires du continent et tous ses dérapages, n’hésitent pas à tirer à boulets rouges sur le régime de Paul Biya, se faisant ainsi l’écho de toutes les récriminations de l’opposition radicale officielle ou officieuse, déclarée ou insidieuse. Tout est alors passé, des vérités à la désinformation en passant par des élucubrations journalistiques de toutes sortes, aux analyses  fantaisistes, farfelues ou dirigées des soi–disant spécialistes.

Beaucoup subitement étaient frappés d’amnésie en oubliant que quelques mois plus tôt, la Guinée Conakry avait déjà connu ça ou alors pour les besoins des causes qui leur sont propres préféraient interpréter une fois de plus les évènements dans le sens qui les arrangeait, celui de l’Afro pessimisme, de l’Afrique du chaos. C’était sans compter avec la têtutesse des faits, l’évidence de la réalité qu’il était difficile de continuer à saupoudrer et éviter    de regarder les choses en face pour permettre un meilleur discrédit du régime de Yaoundé. Seulement il y a des difficultés difficiles d’étouffer à un moment.

Outre la Guinée, le Kenya, l’Algérie, voilà que se mettaient sur ce rang quelques jours plus tard le Burkina–Faso, la Côte–d’Ivoire, le Togo, le Mali et même ailleurs hors d’Afrique. Voilà que presque partout s’élèvent comme une seule voix les complaintes angoissées des fils de l’Afrique dont les ventres résonnent d’un bruit particulier, celui dont le souffle crie la faim, des populations qui souffrent d’une sous–alimentation ou se morfondent dans une alimentation insuffisante, qui ont maille à partir d’une alimentation de plus en plus difficile à assurer ; bref le sentiment général est celui d’un mal–vivre qui a fait son lit dans le continent.        

Des facteurs exogènes aussi à l’Afrique

Quand on aborde la question du lot de problèmes dans lesquels l’Afrique est empêtrée et qui constituent l’essentiel des blocages à son développement, on voit surtout des facteurs endogènes liés à un tas de maux : mauvaise gestion, choix inadéquats structures défaillantes, mentalité rétrograde etc. Toutes choses qui sont loin d’être fausses, mais qui ne suffisent pas à elles–seules à expliquer le retard du continent et la situation morose de son économie. Pour ce qui est des causes exogènes, nombre d’intellectuels pointent un doigt accusateur sur l’esclavage qui a décimé l’Afrique de ses robustes enfants, qui l’a spolié d’une grande partie de ses ressources humaines, et dont demeurent visibles les meurtrissures de la colonisation.

Tout cela aussi est vrai, mais est loin d’expliquer toutes ces crises ponctuelles et toutes ces plaintes dont les populations africaines s’accordent comme un seul homme aujourd’hui à reconnaître plus qu’hier encore un mal–vivre devenu endémique à la plus grande partie du continent. Et chaque jour nouveau peut réveiller des foyers nouveaux qui viendront faire grossir la longue liste des pays africains qui sont secoués par des turbulences sociales qu’on baptise émeutes de la faim. Même les pays qui sont généralement considérés comme riches aux PNB et PIB élevés à l’instar du Gabon par rapport à la situation générale en Afrique subsaharienne ne sont pas à l’abri.

Toutes ces émeutes viennent confirmer cette conviction déjà assise que l’échec des pouvoirs africains n’est pas qu’imputable à ses dirigeants, car bien des leaders des pays du continent sont des gens tout à fait capables, ingénieux. Certainement qu’ils butent sur des réalités pratiques une fois au pouvoir qui les échappent. C’est pourquoi il n’est pas surprenant que le plus grand opposant, critique hors pair, expert donneur de leçons de gestion, une fois au pouvoir, échoue tout aussi lamentablement. Et aujourd’hui l’unanimité semble être faite sur la flambée vertigineuse du pétrole sur le marché international dont le prix du baril est passé du simple au double, le niveau de vie qui s’est élevé dans les pays émergents, l’augmentation des prix des matières premières (blé, riz…) et la ruée vers les biocarburants ou l’agro–carburant et son lot de spéculateurs etc. Il faut reconnaître aussi que chaque pays a tout aussi sa part de responsabilité à travers des lacunes et défaillances spécifiques.

Peut–être une chance pour l’Afrique

On le sait, les politiques agricoles africaines ont véritablement échoué. Déjà au lendemain des indépendances, le célèbre agronome français René Dumont lançait un cri d’alarme en faisant cette mise en garde de l’Afrique Noire qui était mal partie. Les différents régimes n’ont pas su s’organiser pour créer des conditions de production porteuses. Pire encore la recherche des devises a plutôt développé une agriculture extravertie. Au niveau de la production vivrière, les politiques quand il ne s’agissait pas des résultats étaient décevantes. Dans le contexte actuel du mal–vivre endémique du continent, peut–être l’heure est–elle venue à une prise de conscience salutaire, à une réflexion appropriée, à une organisation judicieuse et à une gestion rigoureuse des fonds alloués pour l’agriculture.

Le Cameroun par exemple vient d’annoncer la mise en place d’un Fonds Spécial de relance des produits agricoles et de la mer. Pourvu que la leçon des expériences passées lui porte et que réellement les fonds profitent à ceux qui les méritent et qui développent vraiment cette agriculture. Il est aussi important de doter les populations des moyens techniques adéquats, d’organiser l’assistance nécessaires et utiles, car on ne saurait demander à la jeunesse de se tourner vers l’agriculture avec pour seuls moyens la houe, la machette, la hache, la lime et les biceps. Pour quel résultat ? Forcément pour une agriculture de subsistance. Dans ces conditions, les objectifs de production et de rentabilité seraient une chimère aussi bien pour l’agriculteur que pour l’Etat.

Mais gare à la déforestation

Il s’agit de concilier. Toutefois, les objectifs de production et même de productivité à ceux de l’environnement. La désertification menace l’Afrique, le tarissement ses nombreux cours d’eau ; la climatologie elle–même ces trente dernières années connaît des bouleversements.

C’est le lieu de véritablement penser une politique agricole qui intègre le souci d’un environnement à préserver quand on sait ce qui peut en résulter dans une course folle, avec des superficies à n’en pas finir pour chacun. La déforestation sauvage aura tôt fait de fragiliser le précaire équilibre dont on reconnaît l’apport du bassin du Congo après celui de l’Amazonie à la régulation de la vie sur la planète par rapport au réchauffement de la terre qui inquiète tant tout le monde.

 

 
 
 

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