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Genèse du Nom Ebolewo’o (Ebolowa)

La capitale régionale du Sud Ebolowa tire son nom d’un fait historique qui eut lieu alors que le déplacement des différents groupes de populations se faisait encore, longtemps avant l’arrivée des colons allemands ;

Littéralement, le nom originel de la ville d’Ebolowa « Ebolewo’o » signifie « chimpangé pourri » ; cette appellation est en réalité un prétexte/une astuce utilisée par les populations de la tribu « Yenjôk », pour éviter une guerre tribale avec leurs voisins les « Esakoé », avec lesquels ils étaient d’ailleurs fréquemment en conflit. Du moins voici l’histoire/légende du nom de la Capitale Régionale du Sud.

Avant les Blancs, la localité d’ «Ebolowo’o » était constituée de petits villages situés dans une immense forêt. Ces différents villages étaient traversés par une piste qui permettait aux populations de rallier Lolodorf d’un côté et Kribi de l’autre. Quatre principales tribus se rencontraient dans ces villages :

  1. Les Yévol
  2. Les Biyeñ
  3. Les Esakoé
  4. Les Ndoñ

Une tribu viendra troubler la pseudo accalmie qui régnait entre ces populations locales ; c’est la tribu Yenjôk. En effet, ces populations, en provenance de la localité de Melen (Sangmelima), repoussèrent ou dispersèrent les populations qui étaient déjà installées depuis longtemps. Conduites par un chef redoutable, Mvondo Ntimban, les Yenjôk conquirent l’espace jadis occupé par les Yévôl et Ndoñ.

Mvondo Ntimban installa donc une partie de ses populations sur la colline d’Elat, tout proche de la rivière marécageuse Bengoo. Les Ndoñ, chassés, ils allèrent s’installer dans l’actuelle localité de Bityili. Quant aux Yévôl, un premier groupe alla s’installer du côté de Ngalan, vers l’actuel évêché d’Ebolowa ; l’autre groupe resta dans l’actuel Mekalat.

Les Biyeñ quant à eux, auparavant également installés à Mekalat, furent contraints de fuir s’installer sur la colline Nkol Mekok, proche du village Loo dont les populations sont égaleent venus de Mekalat. Les Biyeñ nommèrent leur nouvel emplacement Mekalat–Biyeñ pour préserver leurs origines.

Les populations Esakoé, elles, furent repoussées vers les deux sorties actuelles d’Ebolowa–Si.

Quelques temps après, le chef Mvondo Ntimban abandonna ce premier site de l’actuel Elat, pour aller s’installer sur le site de l’actuelle prison d’Ebolowa, sur la colline qu’il nomma « Minkome Koman ». Le choix de ce site loin d’être pur hasard, était plutôt un choix stratégique : une vue panoramique sur la localité, une position facile à défendre, une plaine disponible, fertile donc primordiale pour de bons rendements agricoles.

Pour assurer la sécurité de son nouvel emplacement, et se protéger des populations qu’il venait de déloger de leurs emplacements, Mvondo Ntimban entreprit d’installer ses frères aux trois voies d’accès à son village.

  1. Ainsi, il installa Zilly Ntimban du côté de Bilon, pour contrecarrer les éventuelles attaques des Ndoñ qui sont allés du côté de Bityili ;
  2. Du côté d’Abang, vers l’actuel site de l’évêché, il installa Bityi Bi To’olo, pour contenir les agressions des Yévôl partis s’installer à Ngalan ;
  3. Vers Ebolowa–Si, pour surveiller les Esakoé situés à Mvam–Esakoé et à Nkoñ–Adoum, il installa Zo’obo Ntimban.

Ces villages ainsi créés étaient des postes avancés en cas d’agressions extérieures.

Les Esakoé, très réputés dans l’art de la guerre, avaient avec eux, une dame (Ntôtône minga), respectée et reputée pour sa maîtrise des Mebiañ (fétiches). Cette femme cependant avait une plaie inguérissable « Nkômekutu fôl », qu’elle couvrait avec une peau desséchée de bananier (évuvule ékon/evuvuu ekoan) ; également elle était une déséquilibrée mentale. Cependant, elle était très choyée des Esakoé qui profitaient de ses dons mystiques.

Un jour donc que celle–ci partit du village en ballade, elle se perdit sur l’actuel « Mont  Ebolowa ». Les siens partirent à sa recherche, en vain, et après des jours et des nuits de vaines recherches, abandonnèrent, attendant recevoir d’éventuelles nouvelles.

Quelques jours après, les femmes Yenjôk de chez Mvondo Ntimban, allant au champ sentirent une forte odeur de putréfaction dans un détour de forêt. La chose fut rapportée au chef qui mit ses hommes à la recherche de la chose en décomposition, probablement dans l’espoir de trouver le cadavre d’un éléphant ou d’un quelconque animal de la forêt. Après de longues recherches, les hommes tombèrent sur un corps en état de décomposition très avancée et c’est grâce à la peau de bananier desséchée, trouvée autour d’un membre que les hommes de Mvondo Ntimban tirèrent la conclusion qu’il s’agissait de la redoutable femme que les Esakoé portaient tant dans leur cœur.
Mis au courant de l’affaire, le chef Mvondo Ntimban par crainte d’une guerre contre les Esakoé, fit taire la nouvelle auprès de sa population. Car pensait–il, les Esakoé penseront à coup sûr que ce sont mes hommes qui ont tué leur femme et prendront cela pour prétexte pour nous livrer la guerre. Il fit donc dire aux siens qu’il s’agissait d’un « chimpanzé pourri ».

Et chaque fois que les femmes et les hommes se rendaient sur la colline pour les travaux champêtres, ou pour la chasse ou toute autre activités, ils disaient qu’ils allaient sur la colline du chimpanzé pourri : « bia ke Nkôl Ebole–Wo’o ».

A l’arrivée des Allemands, le village qui se trouvait au pied de la colline étant le plus prospère de la localité, Ebole–Wo’o devint « Ebolowa ».

De nos jours, certains dignitaires Bulu autochtones de la ville suggèrent que ce nom qui porterait malheur à la ville qui ne parvient pas à engager un véritable développement, que ce nom soit enlevé car il est issu d’un subterfuge qui engage le sang humain.

Le quartier Nko’ovos

Le besoin de mettre la terre en valeur était grand, mais Mvondo Ntimbane et les siens dans cette mission, faisaient face à un obstacle majeur, celui du manque criard des outils tels que les haches. La seule façon de faire tomber les grands arbres était donc le brulis. Ainsi, ils ont défriché tout ce bosquet c’est–à–dire entre la colline et le marécage Bengoo. A cet endroit, ils ont cultivé les vivres en laissant au milieu du champ une grande touffe de brousse entre l’actuel rond–point et le Centre de jeunesse à cause du grand arbre qui s’y trouvait appelé « Ovôs ». Ils étaient incapables d’abattre cet arbre non–seulement à cause de sa grandeur mais aussi à cause des arbres qui formaient une espèce de ceinture tout autour de cet « Ôvôs ». Le chef Mvondo Ntimbane ordonna donc de dégager cette partie car c’est à cet endroit qu’il voulait cultiver. Notons tout de même que cet « Ôvôs » était situé chez Zili Avezo’o et Zili Bengon.

Après le défrichage, ils mirent le feu sur tous les grands arbres que le vent venait faire tomber enfin de compte. L’Ôvôs finit donc par tomber après plusieurs jours de brulis, et on mit le feu sur le tronc car c’était un très grand arbre qu’il  fallait contourner pour aller de l’autre côté.

Les Yenjôk cultivèrent donc à cet endroit à la terre très fertile et qui donnait une production assez considérable. Tous ceux qui allaient aux champs à ces lieux disaient qu’ils partaient aux champs à « Nko’Ovôs »/ « le tronc de l’Ôvôs »,  c’est donc à partir de ce tronc d’arbre que le nom de l’actuel quartier Nko’ovos est né.

Par ailleurs, compte tenu de l’éloignement des champs et du sentier sinueux qui servait de route à l’époque, les hommes et les femmes étaient souvent obligées de dormir dans les champs pour surveiller leurs récoltes « Mvan », chose qui leur a permis de construire à Nko’Ôvôs et de s’y installer définitivement. Grace à ce grand champ, les Yenjôk ont donc commencé à s’installer de part et d’autre du sentier pour surveiller de près leurs cultures et par ce fait, ils commencèrent à abandonner peu à peu les zones périphériques pour se rassembler à Nko’Ôvôs qu’ils ont élargi des deux côtés et posant par ce fait la route au milieu du village. Ce qui a amené Mvondo Ntimbane à vendre son logement de Mimbandôñ aux Américains afin de rejoindre les siens à Nko’Ôvos car il était déjà isolé.

Après avoir acheté la maison de Mvondo Ntimbane, les Américains s’y installèrent et commencèrent à évangéliser les populations. A cette époque, c’était le Docteur Clement Good « Ngotô Zambe », missionnaire américain qui dirigeait la mission américaine.

Dès l’arrivée des Allemands à Ebolewo’o ; il se produisit une vive querelle entre Américains et Allemands, à cause du site stratégique qu’occupait Ngôtô Zambe, Adolphus Clement Good de son vrai nom. Les Allemands étant détenteurs du pouvoir politique et administratif, jugèrent qu’ils sont mieux placés pour occuper la colline afin d’avoir un contrôle efficace de la ville, chose que les Américains ont refusé car disaient–ils, la colline était leur propriété privée puisqu’ ils l’ont achetée auprès du chef Mvondo Ntimbane au prix d’un rouleau d’étoffe « Alo zok » et un  autre tissu appelé « Minkole mi ndu’a ». A cet effet, pour résoudre pacifiquement le problème, les responsables des deux camps ont fini par se faire des concessions.

Quartier Elat

Ainsi, l’Américain a cédé la colline à l’Allemand et quant à l’Américain, il a été recasé au premier lieu qu’a occupé Mvondo Ntimbane, c’est–à–dire à Mekalat. Ainsi, Ngôtô Zambe et William Mc Clearly allèrent s’installer à Mekalat et constatèrent que Mekalat était un point de rencontre entre les populations de divers horizons c’est–à–dire, celles qui venaient de Melen ou mieux de Sangmelima actuel, et celles qui venaient de l’intérieur du pays Bulu c’est–à–dire la route qui vient de chez Akono Bem à Nkoétyé. Les Américains profitèrent donc de cette situation géographique pour évangéliser tous les passants ; ce qui leur a permis de construire un grand camp au milieu de la route venant du pays Bulu et sur la route de Melen. Ils construisirent un grand village qu’ils appelèrent Elat en 1902. Par l’appellation Elat « union », ils voulaient tout simplement réunir toutes les tribus, tous les villages, créer un esprit de communion entre elles et l’entraide à travers la Bonne Nouvelle d’où la construction du Temple de l’actuel Elat d’une part.

D’autre part Franck James prit l’initiative de créer un Centre d’Apprentissage des petits métiers ou mieux une Ecole Industrielle « Franck James », cette initiative missionnaire visait à former des jeunes chrétiens dans des activités économiques pouvant faire d’eux des hommes productifs, dans la société nouvelle. Ainsi l’on pouvait apprendre les spécialités telles que la  mécanique, l’électricité, l’ébénisterie, la maçonnerie. L’agriculture, la menuiserie, la vannerie et même la couture et ce Centre fut baptisé « Franck James ». Le succès en fut grand. Seulement cette appellation n’a pas beaucoup prospéré celle qui a dominé est Elat.

Ne perdons pas de vue que l’œuvre américaine a été d’une importance capitale en pays Bulu car elle a permis aux Bulu de sortir de la barbarie, d’abandonner certaines pratiques réprimandées par les Saintes Ecritures. Ce qui a permis d’apaiser les coutumes Bulu jusqu’à nos jours.

Grosso modo ; Ebolewo’o est le nom donné par les Yenjôk au cadavre de la grande féticheuse Esakoé pour éviter d’être attaqué par les Esakoé, donc il n’a jamais été question d’un chimpanzé pourri mais d’une malade mentale Esakoé pourrie. Ceci vient donc démentir cette déclaration selon laquelle un homme est allé à la chasse sur la colline et a découvert un chimpanzé pourri. Nous savons dorénavant l’histoire du nom de la ville d’Ebolewo’o et comment certains de ses quartiers ont aussi eu leur appellation.

 

 

 

 
 

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