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NGôTô ZAMBE (DR ADOLPHUS CLEMENT GOOD)
L’HISTOIRE D’UN MISSIONNAIRE AMERICAIN, PREMIER BLANC VU AU PAYS BOULOU : L’ENIGMATIQUE “NNANGA KôN » (LE FANTôME ALBINOS)

   

        « Nnanga Kôn » est le titre du premier roman écrit par un Camerounais de surcroît dans une langue nationale : le Boulou. Une langue parlée par la grande partie de la population de cette division administrative la Province ou région du Sud du Cameroun avec pour capitale administrative Ebolowa. L’ouvrage est de Jean Louis NJEMBA MEDU. La Province ou Région en l’état actuel de l’organisation administrative comprend quatre Départements : la Mvila (Chef–Lieu Ebolowa) l’Océan (Chef–Lieu Kribi) le Dja et Lobo (chef Lieu Sangmelima) la Vallée du Ntem (Chef–Lieu Ambam). Si la Mvila et le Dja et Lobo sont de 60 à 70 voire 80 % composés de Boulous, les deux autres Départements voient ceux–ci partager leurs unités avec d’autres tribus : dans l’Océan avec les Batanga–Mabéa, les Ngoumba, les Mvaé, les Fang, les Ewondo, les Bassa…. pour l’essentiel alors que dans la Vallée du Ntem, ils sont noyés par les Ntoumou et autres.

        «Nnanga Kôn » qui en boulou signifie « le fantôme albinos » est certes une fiction, mais l’auteur lui–même à travers les mises au point qu’il fait dans l’avant–propos de son ouvrage nous permet toutefois de déduire que cette fiction est largement teintée des témoignages des données vraies. On présume l’assistance d’ « Okonabeñ » « Cozzens (E. Cozzens) un missionnaire connu à l’E.P.C. racontant à NJEMBA MEDU cette histoire telle qu’elle avait été faite par les prédécesseurs du missionnaire et sensiblement comme elle se racontait entre ceux de ce moment en 1932. On le présume également à travers A. I. GOOD dans un article. La vie de Ngôtô Zambe in esquisse de la vie de Dr Silas F. Johnson, Adolphe C. GOOD, G. W. McCleary et Mama McCleary, Pasteur W.C. Johnston, Dr Lehman, une publication d’Halsey Memorial Press, Elat, Ebolowa, Cameroun. Parlant de la vie de Ngôtô Zambe, nous citons A. I. GOOD « Beaucoup de gens ont entendu dire qu’il était le premier à pénétrer en pays boulou ». Faisons connaissance avec un de ces pionniers du christianisme en général au Cameroun, du protestantisme en particulier, un des précurseurs de la Mission Protestante Américaine, la mère de l’Eglise Presbytérienne Camerounaise et de l’Eglise Presbytérienne Camerounaise Orthodoxe, l’un des courants les plus répandus du protestantisme au Cameroun aujourd’hui avec l’Eglise Evangélique. Une aventure loin d’être une partie de plaisir comme souvent tel aura été le cas pour l’ensemble de ces pionniers de la foi partie de l’Orient, passant à l’Ouest, traversant l’Océan et se répandant en Amérique, finissant par s’exporter également en Afrique où elle atterrit.

LA SOCIETE BOULOU AVANT L’ARRIVEE DE NGôTô ZAMBE : LA LOI DES CHEFS, UNE JUNGLE OU CHACUN FAISAIT SELON SON PLAISIR : FEROCITE, MECHANCETE, FETICHISME… 

Le propos n’est pas de porter un jugement de valeur sur la société Boulou car celle–ci avait les siennes propres. Ce qui importe ici, c’est de situer le contexte dans lequel « Ngôtô Zambe » arrive au pays des Boulous qui sont en présence pour la première fois d’un autre homme, d’un genre qu’ils n’ont jamais vu et qui leur apparaît comme une énigme. A.I.GOOD, l’auteur de cette courte biographie de « Ngôtô Zambe » écrit : « En ces temps–là les Boulous vivaient à l’intérieur seulement, ils n’arrivaient pas à la mer, des guerres et des bruits de guerre sévissaient un peu partout, les marchandises des Blancs n’arrivaient pour ainsi dire pas dans le pays chacun faisant selon son bon plaisir ».

C’était l’époque certainement où au pays Boulou, pour ceux qui se sont intéressés d’une certaine façon à l’histoire de ce peuple on apprivoisait des passantes pour en faire de force des femmes du harem réduisant dans le cas où elles étaient accompagnées de leurs maris ces derniers à la servitude. En ces temps–là également les épouses infidèles se faisaient brûler le postérieur par les ustensiles appelés « Minkeñg » chauffés à point pour leur laisser des marques indélébiles permettant d’attirer rapidement l’attention de leurs soupirants dans l’intimité sur leurs mauvaises moralités plus tard. Qui n’a entendu parler de l’enterrement des dignitaires à l’époque, avec femmes et esclaves censés l’accompagner et le servir, pour empêcher son voyage dans l’au–delà d’être solitaire. Reprenons A.I. GOOD : « C’était, comme on peut le dire, la vie d’autrefois ». Les plus forts s’imposaient. Les téméraires étaient craints, la cruauté souvent était utilisée pour manifester sa puissance, sa témérité et sa ténacité. Une petite peinture de cette société est faite dans Nnanga Kôn par Jean L. NJEMBA MEDU « Mi asimesane na Bulu bese be nga mane ka’a na b’aye ke yene Nnanga Kôn a sili Jam a nga zu bo. Be nji ke kômbô su’u ve valé, be nga kômbô fe bi nye a bo ôlo nge wé nye. Avale mbia be mam ete nde te be nga ke yene de Nnanga Kôn”. Etun XI MVONDO ELA ba esa Wé ELA MVONDO P. 31

 

La traduction de ce Chapitre XI consacré à MVONDO ELA et son père ELA MVONDO de la page 31 de « Nnanga Kôn » de notre part donne d’emblée dès le début du Chapitre ceci : « Il vous souvient que tous les Boulous décidèrent de se rendre où était le fantôme blanc et de s’enquérir de l’objet de sa réapparition. En réalité, ils n’allaient pas s’en tenir qu’à cela. Leur dessein secret était de le capturer et le réduire à la servitude et pourquoi pas l’éliminer. C’est avec d’aussi funestes objectifs qu’ils comptaient rendre une visite au fantôme blanc ».
Louis Johnson McNeill dans la Biographie du Dr Silas F. Johnson ajoutera dans le tableau de cette société Boulou qu’ils avaient toutes sortes de médicaments. « Ils croyaient que toute maladie, qu’elle soit à la tête, à la poitrine, au ventre ou ailleurs, que tout mal venait de la sorcellerie. La première chose qu’on faisait pour un malade, c’était de tuer une tête de bétail et de répandre son sang sur le malade ».

En continuant à laisser parler Johnson McNeill « En ce temps–là, les Boulous, les Ntoumous, les Mvaés, tous craignaient le « Ngi », croyaient que c’était lui qui pouvait les préserver de la sorcellerie (ñgbwe). Le chef du Ngi se nommait le Nnôm Ngi. C’était terrible de le voir. Son costume, son langage, son air féroce, tout effrayait chez lui. Il faisait construire une sorte d’enclos (ésam Ngi) où il faisait ses médicaments et égorgeait ses animaux tout en initiant des jeunes gens qui apprenaient, auprès de lui, les mystères du Ngi. Les gens, déjà initiés et habiles au chant et à la danse, on les appelait « be–ômo’o ». Les gens croyaient alors que l’initié du Ngi ne pouvait pas mourir même s’il prenait du poison. Les femmes et les enfants ne subissaient pas d’initiation. Les jeunes non–initiés s’appelaient des « bibis ». Il était interdit aux femmes, aux enfants et aux « bibis » de voir ou de chercher à voir le Ngi ». 

 

«La magie, les remèdes de sorcellerie abondaient alors, les meurtres étaient fréquents, le vol aussi ».

C’est sommairement brossé dans ce contexte que Ngôtô Zambe » arrive chez les Boulou. 

DR ADOLPHE CLEMENT GOOD, UN EVANGELISTE AMERICAIN AU CŒUR DE L’AFRIQUE CENTRALE : LE CONTACT DU MISSIONNAIRE AVEC LES BOULOUS

Pour ceux qui connaissent la Province/Région du Sud Cameroun, les globe–trotter des routes et pistes du Sud ; pour tous les natifs du Département de la Mvilla également, qui n’a entendu parler de « Njoñ Ngôtô » ? Toute une route a été baptisée par les Boulou d’ici en l’honneur de cet homme, l’axe Ebolowa–Kribi en passant par AKOM II. C’est dire combien son passage, son œuvre, sa vie ont marqué ici. Quel est le nom et la personne qui se cachent véritablement derrière cette figure presque devenue légendaire, ce personnage mythique ?

De son vrai nom Adolphe–Clement Good, l’homme naît le 19 décembre 1856 dans un petit village Little Mahoning dans l’Etat de Pennsylvanie aux Etats–Unis. Deuxième de six enfants (dont deux sont morts en bas âge) d’Abram Good, un fermier et un chrétien d’élite, mais de conditions modestes, il dut travailler lui–même pour chercher son écolage pendant les années des ses études au « College Washington et Jefferson », un luxe que n’auront pas pu s’offrir ses frères. Préparé à entrer dans le Saint Ministère, il est au Séminaire « Western Theological Seminary » qu’il fréquente pendant trois ans. A la fin de ses études, robuste, il choisit le travail missionnaire en Afrique : les volontaires ici étaient souvent très malades et mouraient prématurément. Il fut envoyé au Gabon en 1882 où il arrive à l’âge de 26 ans. Epouse Mlle Lydia. WALKER missionnaire aussi de la même mission de qui naquit leur fils Albert à Libreville.

Le couple travaille surtout sur la station missionnaire de Lambaréné, sur le grand fleuve Ogoué. Adolphe Clement GOOD apprend le mpongwe et le fang, deux langues locales.

Dix ans après son arrivée au Gabon, la mission à laquelle il appartient et sert qui avait beaucoup d’ennuis au Gabon, cherchait à étendre l’œuvre dans un autre pays. La mission qui avait commencé à s’implanter sur la côte Atlantique du Sud Ouest du Cameroun, Batanga, se développait dans ce qui était alors le Kamerun (c’est–à–dire sous occupation allemande 1884–1916). On désigna M. GOOD pour explorer l’intérieur de ce pays et voir si la Mission pourrait s’y implanter : suivons A. I. GOOD « ……… à cette époque tous les Blancs du Gouvernement et du commerce restaient seulement à la côte. Quelques administrateurs étaient montés dans le Nord et à Yaoundé, un s’installait à Lolodorf mais il ne commandait pas effectivement. Le pays boulou n’avait pas encore vu de Blanc et les tribus bouloues étaient très féroces ».

C’était vraiment terrible de pénétrer en pays boulou à cette époque : pas de gouvernement, chaque chef suivait son caprice, personne ne pouvait s’interposer, mais Ngôtô était sans peur. Il prépara quelques quatre charges et se mit en route. Quand on songe à l’insécurité qui régnait partout en pays boulou, on est étonné de voir qu’il a voyagé partout, même loin dans l’intérieur jusqu’à un gué de la Lobô, près de la station actuelle de Foulassi ». A.I. GOOD fait la description de Ngôtô à Nkoldeng par le grand chef de cette localité. « Nous avions appris qu’un Blanc voyageait dans le pays Boulou et, un jour qu’il s’approchait de chez moi sur le chemin…. Nous sortîmes dans la cour et vîmes un homme qui montait la rue un homme comme nous n’en avions jamais vu, lui devant ses porteurs derrière. Arrivé devant nous, nous vîmes, en effet un homme tout nouveau : sa figure était blanche, mais pas de la blancheur des albinos, mais tout à fait à part. Tout son corps était couvert de vêtements, les pieds étaient noirs et nous croyions que c’était sa peau qui était ainsi noire, car nous ignorions ce qu’étaient les souliers. Ses cheveux étaient comme les poils d’un singe (le « mvon », singe de la forêt). Nous étions fort étonnés ». Il arrive avec l’évangélisation. « Les Boulous d’alors ayant de la difficulté à prononcer le nom « Good », disaient : Ngôtô et comme ce Ngôtô leur parlait toujours de Dieu, on ajouta Zambe (Dieu en Boulou) : Ngôtô Zambe ; comme pour dire « le Good qui parle tout le temps de Dieu » ;

Il parcourra sans relâche le pays et a choisi l’emplacement de trois stations missionnaires : Efulan, Ebolowa et Lolodorf.

L’ŒUVRE SOCIALE ET CHRETIENNE DU DR ADOLPHE CLEMENT GOOD (NGôTô ZAMBE) EN PAYS BOULOU ET A LA MISSION PASTORALE AU CAMEROUN ET EN AFRIQUE CENTRALE

Adolphe Clément Good et Lydia B. Walker devenue épouse Good ont surtout travaillé comme déjà mentionné sur la station missionnaire de Lambaréné, sur le grand–fleuve Ogoué où il a acquis une grande habitude du travail missionnaire. On imagine sans peine le travail de fourmi infatigable qu’il a abattu au Gabon. Toujours est–il que sa maîtrise des deux langues le mpongwe et le fang contribuera à favoriser son travail d’évangélisation. Le travail de Dieu prospérait entre ses mains, le monde des croyants et des églises augmentait dans ce pays.

Comment pouvait–il en être autrement, lui qui n’avait pas hésité à se lancer à sauter dans une aventure à l’issue très probablement périlleuse. Le grand chef de Nkoldeng au Sud Cameroun résume son sacerdoce. « Ngôtô Zambe avait soin de dire aux gens qu’il ne recherchait la fortune de personne ni le pouvoir de gouverner, seulement la proclamation de la Bonne Nouvelle ». Dans nos églises aujourd’hui, ce commentaire peut s’appliquer honnêtement à combien de soi–disant serviteurs du Christ ? A méditer. Etre le premier semeur de la semence qui a germé et poussé en pays boulou n’aura été une sinécure, une partie de plaisir. Car c’est même au péril de sa vie qu’on s’exposait.

En 13 années de travail, il a accompli une grande œuvre au Gabon d’abord, puis surtout pendant les deux dernières années de son travail parmi les Boulous.

Il a traduit la Bible en boulou et aucun Blanc n’a parlé la langue boulou avant lui et il désirait que les Boulous possèdent la parole de Dieu dans leur langue. Ainsi il a traduit les quatre évangiles de Mathieu, Marc, Luc et Jean bien que cette traduction ait connu des révisions car elle contenait plusieurs mots fangs.

Il a également écrit plusieurs cantiques pour que les Boulous puissent chanter à la gloire de Dieu.

LA MORT DE NGôTô ZAMBE DANS SA TERRE DE REPOS : LE SACRIFICE DE LA VOCATION

Pèlerin infatigable, évangéliste, ces voyages étaient pourtant épuisants. La rigueur du milieu n’a rien encouragé. Il envoie sa femme et son fils en Amérique en leur promettant son prochain retour. En revenant de son dernier voyage à Lolodorf, il s’est mis au lit en arrivant à Efulan. Le Dr Johnson, Mr Ford et Mr Kehr eurent beau lui donner tous les remèdes, son corps affaibli succomba à la maladie. Il mourut très rapidement et fut enterré le 13 décembre 1894 à l’âge de 38 ans sur la vieille colline du premier Efulan sur la route Ebolowa–Kribi par Akom II au Sud Cameroun cette terre où il repose en même temps que son souvenir reste mémorable dans le cœur des fidèles du Christ de l’Eglise Presbytérienne Camerounaise et de l’Eglise Presbytérienne Camerounaise Orthodoxe. Il meurt ainsi loin de sa famille à qui la nouvelle de sa mort parvint sans qu’ils ne puissent plus le revoir comme il leur avait promis le retour prochain.

 
 

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