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Indépendance du Cameroun : 1er janvier 1960 – 1er octobre 1961

   

C'est àâ  ces deux dates que le Cameroun tel qu'il est connu aujourd'hui a acquis son indépendance. La première date correspond àâ  celle du Cameroun français et la seconde àâ  celle du "British Southern Cameroons". Du fait de la double administration franàâ§aise et britannique, le Cameroun eut une évolution plutôt différente de celle de la majorité des autres territoires africains.

l'émancipation du territoire franàâ§ais

le débat de l'indépendance au Cameroun sous administration franàâ§aise fut caractérisé par l'affrontement, àâ  forces inégales de deux camps. D'un côté, les nationalistes radicaux regroupés autour de l'UPC, et d'un autre côté l'Administration coloniale qui, que ce soit dans les partis politiques, les assemblées ou la rue a eu le soutien de certains collaborateurs et parfois opportunistes.

Le nationalisme dans cette partie du Cameroun s'exacerba bien plus tard qu'au Cameroun Occidental anglais. il fallut attendre la Conférence de Brazzaville du 30 janvier au 8 février 1944, qui a mis en place des structures en faveur de la participation des "indigènes" àâ  la gestion de leur territoire. Ainsi, après le décret du 7 aoàâ»t 1944, les nationalistes s'engagent dans la création des partis politiques.

Le 10 avril 1948, l'UPC, le premier parti politique "indigène" fut créé. Ruben Um Nyobè, le "Mpodol" en devint rapidement Secrétaire Général. Ce parti fut au centre de tout le débat indépendantiste au Cameorun. La preuve en est que de 1948 àâ  1960, qu'il fusse légal ou non, a radicalement lutté pour "l'indépendance réelle" du Cameroun. L'objectif de Nyobe, Abel Kingue, Ernest Ouandié, Roland Moumié et les autres leaders du parti fut l'indépendance immédiate, la réunification et la non ingérence étrangère dans les affaires internes du "pays". Cet objectif, politiquemement puis, violemment défendu leur a valu les représailles de l'administration franàâ§aise ainsi que des collaborateurs camerounais. Par làâ  les autres partis politiques sont classés dans le cadre de ce que l'historien Daniel Abwa appelle "partis administratifs".

La liste de ces partis manipulés par la France ne saurait àâªtre exhaustive ici. Il faut en relever : l'ESOCAM dirigée par Dimalla Pierre, le RENAICAM, l'INDECAM, l'USC de Charles Okala, et surtout le BDC. C'est ce dernier parti qui, créé en septembre 1951 par le Dr Aujoulat et successivement dirigé par des Camerounais, a su défier l'UPC sur le plan idéologique en disant oui àâ  ses revendications mais pas dans l'immédiat. Sur le plan populaire cependant, l'UPC fut largement majoritaire.

Parallèlement àâ  cette lutte inter–partis, les assemblées locales matérialisèrent aussi l'évolution du territoire. Ici aussi, bien que l'accès fut empàâªché àâ  l'UPC, ce parti fut le grand vainqueur sur le plan populaire. Alors que les deux premières assemblées àâ  savoir l'ARCAM (9 octobre 1945) et l'ATCAM (6 février 1952) furent dépourvues de compétences politiques, la France mit en oeuvre des mécanismes électoraux qui interdisaient àâ  l'UPC d'y avoir accès. Cet échec local amena les Upécistes àâ  porter le problème camerounais àâ  l'Assemblée des Nations Unies, d'abord le 17 octobre 1952, ensuite en 1953 et 1954. En dépit de la sortie de l'ATCAM de son mutisme politique et les contrepieds àâ  New–York de Charles Okala (1952) Bissek Guillaume (1953) et Daniel Kemajou (1954), l'UPC put encore accroàâ®tre son audience au sein de la population camerounaise.

Face àâ  cette expansion exponentielle des voix de l'UPC que ni les partis politiques ni les assembléées n'ont pu contrecarrer l'administration franàâ§aise pris des mesures extrémistes. La personne choisie pour en finir avec l'UPC fut le Haut Commissaire Roland Pré, qui n'eut besoin que de sept mois pour interdire le parti : d'abord il provoqua les Upécistes, les poussa àâ  la faute, suscita les émeutes de mai 1955 après quoi put banir le parti.

la France croyait alors avoir levé toute hypothèque dans le territoire. C'était sans compter sur la pugnacité des nationalistes dirigés par Um Nyobè. L'UPC n'étant plus légale, ils déclarèrent la guerre contre l'autorité coloniale.

Trois phases peuvent àâªtre distinguées dans ce qu'il convient d'appeler la guerre de libération au Cameorun. Tout d'abord, il y a la phase aucours de laquelle la Sanaga Maritime, en feu et en sang, fut le véritable foyer des nationalistes en guerre. De 1956 àâ  1958, cette phase est sous les auspices d'une organisation paramilitaire dénomée CNO. Elle se termine avec la mort le 13 septembre 1958 de Ruben Um Nyobè. La deuxième phase est celle oàâ¹ le foyer de la guerre se transplante dans l'Ouest du territoire. Dans une troisième phase, de 1959 àâ  1960, les nationalistes luttent contre l'indépendance prévue le 1er janvier 1960. Il faut dire que cette indépendance qualifiée de fantoche, est loin d'àâªtre celle réclammée par l'UPC.

Alors que le territoire tout entier est en feu et en sang, une troisième assemblée est votée le 23 décembre 1956 : l'ALCAM. Elle entre en fonction le 16 avril 1957 présidée par Ahmadou Ahidjo de l'UC. Le 12 mai 1957, André Marie Mbida, leader du Parti des Démocrates, est nommé Premier Ministre du Gouvernement camerounais autonome. Bien que cette Assemblée ait voté pour l'autonomie interne plutôt que l'indépendance, force est de constater que seize mois après, sous l'impulsion de la France, elle se prononce pour l'indépendance. Il faut dire que la France opte pour l'indépendance du Cameroun parce qu'elle n'avait plus les moyens de se payer une guerre d'indépendance en Afrique noire. Elle fut déjàâ  assez déchue par la guerre d'Algérie, la cuisante défaite àâ  Dien Bien Phu. et l'abandon forcé de ses protectorats de la Tunisie et du Maroc.

L'option àâ  l'indépendance ainsi prise, est approuvée par l'ensembre des collaborateurs àâ  l'ALCAM, exception faite de Mbida. Ce dernier s'obstinait toujours en effet, àâ  refuser une indépendance immédiate et voulut résoudre la question du terrorisme de l'UPC par les armes, ce qui était tout le contraire des aspirations franàâ§aises. Par ce fait, Mbida devint une hypothèse que la France devait rapidement dissiper, une tàâ¢che que le Haut Commissaire Jean Paul Ramadier accomplit parfaitement et, le 16 février 1958, Mbida démissiona et laissa son poste àâ  son Vice–Premier Ministre et Ministre de l'Intérieur du nom d'Ahmadou Ahidjo.

Huit mois après avoir écarté l'obstacle Mbida, le dernier véritable obstacle fut détruit. Il s'agit de Ruben Um Nyobè assassiné le 13 septembre 1958 dans la brousse de Boum Nyebel. Une fois les hypothèques Mbida et Nyobè levées, la France put en toute liberté parler d'indépendance avec ses collaborateurs Camerounais, il ne manque plus qu'àâ  l'ONU de lever la tutelle. Ainsi donc, malgré la guerre des Upécistes et la volonté des Démocrates de Mbida de l'organisation des élections libres avant l'indépendance, l'ONU céda. Le 13 mars 1959, sa IVème Commission vota la résolution qui prévoyait qu'au 1er janvier 1960, le Cameroun franàâ§ais devra àâªtre indépendant.

Ahmadou Ahidjo en sa qualité de victorieux, put dès lors attendre l'indépendance, ceci en étroite collaboration avec le dernier Haut Commissaire de la France au Cameroun du nom de Xavier Torre. L'indépendance est donc proclammée le 1er janvier 1960, mais dans un désordre total, oàâ¹ sévit encore la guerre pour la véritable émancipation.

Alors que la République du Cameroun était née, force est de constater que les nationalistes radicaux n'arràâªtèrent pas le terrorisme, refusant par ce fait ce qu'ils estimaient àâªtre une indépendance fantoche. Cette situation ne prit fin qu'en 1971 lorsque le dernier des leaders Upécistes du nom d'Ernest Ouandié fut fusillé.

Le British Southern Cameroons et la Réunification

Par la "Richards Constitution" de 1946, la Grande Bretagne décide d'administrer cette partie de son territoire camerounais comme partie intégrante du Nigéria Oriental. Cette intégration est d'ailleurs un facteur endogène du nationalisme dans le Sud Cameroun Britannique. En effet, avec cette connexion, les évolués camerounais s'imprégnèrent des idées anticoloniales au Nigéria, àâ  travers leurs études et la vie politique qu'ils menaient au sein du NCNC du Dr Nnandi Azikiwe. Cette intégration se traduit aussi par la domination sociale, économique et politique des Ibos sur les populations camerounaises. Outre ces deux facteurs internes, d'autres éléments, toujours endogènes, ont nourri le nationalisme au Sud Cameroun Britannique. Il faut en relever :

  •  l'influence des Camerounais de l'autre rive du Moungo àâ  l'instar de Robert Dibongue,
  • la négligence britannique qui abandonne le développement du territoire aux populations locales et aux firmes allemandes alors qu'ils en recevaient tous les bénéfices économiques
  • l'influence des groupes de pression puis des partis politiques.

La particularité du nationalisme dans cette partie du territoire est telle que la quàâªte de l'indépendance et celle de la réunification ont toujours été liées. Cette quàâªte se manifesta d'abord par les groupes de pression et ensuite par les partis politiques. En 1939, G.J. Mbene fonde le premier mouvement de pression : le CWU. Ce groupe réclamait la présence de représentants camerounais au sein du Â⫠Eastern Nigeria Legislative Council Ã‚â». Ce fut d'ailleurs un succès puisqu'àâ  la suite, Fon Galega de Bali et J. Manga Williams de Victoria y furent élus.

En 1940, un deuxième groupe de pression fut créé : le CYL, par des jeunes Camerounais du NCNC qui voulaient une Région autonome pour le Â⫠British Southern Cameroons Ã‚â». Le nationalisme prit une autre tournure lorsqu'en 1949, le Dr Emmanuel Endeley créa le CNF. Ce mouvement avait un triple objectif : l'acquisition d'une identité pour le Cameroun Britannique, l'unification des deux Â⫠British Cameroons Ã‚â» et la réunification avec le Cameroun franàâ§ais. En dépit de cette originalité, il se produit une scission au sein du CNF et en 1951, Robert Dibongue et Nerius Mbile fondèrent le KUNC, beaucoup plus radical. Ce groupe de pression entama directement des rencontres avec l'UPC au sujet de la réunification.

Les partis politiques quant àâ  eux, ne sont pas en reste, ils constituent d'ailleurs l'apogée des revendications nationalistes dans le Sud Cameroun Britannique. Le premier acte est le KNC du Dr Endeley, créé au terme de la crise du Nigéria Oriental : Â⫠Eastern Regional Crisis Ã‚â». Cette crise entre leaders du NCNC àâ  savoir Nnandi Azikiwe et Eyo Ita, émana alors qu'en 1950, la constitution Mc Phaerson autorisa treize (13) camerounais àâ  représenter le Â⫠British Southern Cameroons Ã‚â» àâ  la Chambre des Représentants Orientale. En conséquence àâ  la crise, le seul Ministre Camerounais Salomon Tanden Muna fut déposé, ce qui amena 9 des 13 représentants àâ  prendre des mesures de scission d'avec le Nigéria et sa politique. A l'issue donc de la conférence de Mamfé de 1953, ils créèrent le KNC. En 1954, les 4 autres représentants dont Nerius Mbile créèrent le KPP, qui voulait contrairement au KNC, l'intégration du Sud Cameroun Britannique au Nigéria.

Alors que le programme du KNC était clair : retrait de la politique nigériane, le Dr Endeley changea de ton et commenàâ§a àâ  se prononcer pour le Nigéria au point oàâ¹ en 1955, des membres tout aussi influents comme John Ngu Foncha, S. Tanden Muna et Augustine Ngom Jua s'en séparèrent et créèrent le KNDP. Ce fait est considéré par des historiens Camerounais comme le sommet des protestations nationalistes dans le territoire. Il faut savoir que dès 1954, quatre tendances étaient percevables au sein du KNC.

  • Les autonomistes avec àâ  leur tàâªte le Dr Endeley, ils voulaient l'indépendance du Â⫠British Southern Cameroons Ã‚â» comme Région autonome àâ  l'intérieur du Nigéria.
  • Les cessessionistes, avec pour tàâªte de file Paul Nkale et les chefs traditionnels réclamaient l'indépendance du territoire sans qu'il ne soit question d'association au Nigéria ou de réunification avec le Cameroun franàâ§ais.
  • Les réunificationistes, Robert Dibongue qui dirigeait ce groupe, voulait comme c'était le cas avec le KUNC, l'indépendance et la réunification des deux Camerouns.
  • Dans une dernière tendance, John Ngu Foncha, après étude des diverses volontés des Camerounais et partant du fait que les cessessionistes, majoritaires, n'aspiraient pas àâ  un parti politique, décidaient de créer un groupe rassemblant les deux précédentes tendances : les Foncharians.

C'est donc cette dernière tendance qui, regroupant les cessessionistes et les réunificationistes, fit scission du KNC et fonda le KNDP.

Sur la base des clauses de la Constitution Lyttleton de 1954, la Conférence de Londres de 1957 délibéra sur le processus constitutionnel au Sud Cameroun Britannique. Elle créa une chambre camerounaise d'assemblée et un Gouvernement dont le Chairman de la CDC,  le Dr Endeley, devint Premier Ministre en 1958. Un an plus tard, en l'absence de consensus lors de la conférence de Manfé d'aoàâ»t 1959, l'ONU opta pour un plébiscite àâ  deux questions qui aura lieu au Â⫠British Southern Cameroons Ã‚â» le 11 février 1961. Ses habitants tout comme ceux du Â⫠Northern Cameroons Ã‚â» devront choisir l'indépendance soit dans le rattachement au Nigéria, soit par la réunification avec le Cameroun franàâ§ais. Ce dernier allait quelque mois plus tard obtenir son indépendance sous le nom de République du Cameroun.

Pendant ce temps, le débat politique au Â⫠Southern Cameroons Ã‚â» s'articulait autour de deux tendances : d'un côté, le Premier Ministre Endeley, qui allia son KNC au KPP pour former le CPNC, basa sa campagne sur le fait que les divergences linguistiques et le terrorisme de l'UPC n'étaient pas favorables àâ  une réunification. D'un autre côté, Foncha et son KNDP, soutenu par l'OK, a basé sa campagne sur le fait que les Camerounais n'ont jamais été et ne seront jamais des Nigérians, et que la domination des Ibos est telle qu'ils constituent eux aussi une puissance colonisatrice. L'avantage de la campagne fut en faveur de Foncha qui, àâ  l'issu des élections de 1958, remplaàâ§a en janvier 1959 Endeley au poste de Premier Ministre.

Le 11 février 1961, les Camerounais Britanniques allèrent aux urnes. Contrairement àâ  ceux du Â⫠Northern Cameroons Ã‚â», les résultats au Â⫠Southern Cameroons Ã‚â» furent en faveur de la réunification. L'idée de Foncha remporta donc par 233 571 voix contre 97 741 voix. Il fallait dès lors négocier avec la République du Cameroun et le Président Ahmadou Ahidjo au sujet de la Constitution Fédérale àâ  adopter. C'est làâ  l'objectif des cinq conférences organisées entre février et octobre 1961 : Yaoundé en mai, Buea du 14 au 17 juin, Bamenda du 26 au 28 juin, Foumban du 16 au 21 juillet et Yaoundé en aoàâ»t.

Tout étant réglé, Ahmadou Ahidjo se rendit àâ  Buea le 30 septembre 1961 et reàâ§ut des mains de l'autorité britannique, le transfert de la souveraineté du Â⫠British Southern Cameroons Ã‚â». Le 1er octobre 1961, le territoire devint indépendant et se réunifia àâ  la République du Cameroun pour former la République Fédérale du Cameroun.

Par : Sosthène Meboma et Axel Mbozo'o

 
 

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