Accueil | Culture | Cuisine | Art | Maisons | Contes

Les Raisons de la Polygamie

Les raisons de la polygamie

Dans la siciété africaine précoloniale, le mariage était un élément important dans le statut d'un individu. Dans la société beti par exemple lorsqu'on parle de mariage on pense directement à la polygamie, alors régime par excellence faisant la fierté de la société.

Elle était donc monnaie courante et se pratiquait en fonction des moyens de telle sorte que les nouvelles épouses étaient élevées par les plus anciennes. Les mariages étaient si précoces qu'on concluait l'engagement dès la naissance de la fillette et parfois même avant sa conception.

Cependant, la forme de mariage, plus particulièrmeent la polygamie, sera mise en cause avec l'introduction des religions étrangères notamment le christianisme.

A l'époque allemande, les missionnaires créèrent des écoles, véritables véhicules d'idées nouvelles défavorables à la tradition, en plus ils mirent sur pied des sortes d'internat pour filles appelés "SIXA" qui ont existé jusqu'à la période française. Les "SIXA" ont donc eu le mérite de modifier le schéma traditionnel du mariage en donnant la possiblité aux femmes à un âge considérable, d'épouser les hommes de leur choix, ceux qu'elles portaient à coeur ; et en étant un lieu de refuge aux épouses infortunées. Egalement la colonistion a eu un impact sur l'organistion du mariage.

En effet l'autorité coloniale a pris des mesures contre le mariage forcé et précoce sans pour autant annihiler la polygamie car l'introduction des cultures de rente et l'économie monétaire vont contraindre les hommes à la pratique de la polygamie pour des besoins divers. De nos jours, les multiples crises et les différentes thèses sur la démographie contraignent les gens à la pratique de la monogamie mais dans bien de sociétés, la polygamie demeure de règle avec ses différentes raisons

Les raisons économiques

Les premières raisons avancées pour la polygamie sont d'ordre économique. En effet la polygamie permettait à l'homme d'accroître son potentiel économique non seulement à travers une descendance nombreuse mais aussi en main-d'oeuvre. L'enfant dans la société bamiléké par exemple était considéré comme une richesse ou du moins comme un bien de valeur infinie.

La femme quant à elle était un actant incontournable dans la vie économique. Elle s'occupait de la production, de la conservation des biens et de l'assurance des revenus. A cet effet plusieurs grands chefs possédaient des centaines et des milliers de femmes : le Sultan Njoya en avait 1 200, Zogo Fouda Bono possédait 1 500, Ongbwa Bisogo avait une centaine dans son palais. Du temps de la colonisation, la polygamie était nécessaire car elle permettait à des familles de travailler et d'avoir des revenus assez considérables pour payer les impôts.

Posséder des épouses était aussi une marque de richesse et d'aisance économique car ce n'est pas tout le monde qui s'aventurait à la polygamie. C'était donc l'apanage des riches. De ce fait on mesurait la richesse d'un homme à travers le nombre de ses femmes. Donc ni les fils ni les filles du chef ne pouvaient se lancer dans la monogamie.

Les raisons sociales

Dans la société, la polyygamie permettait à l'individu d'être considéré. Cette considération était fonction du nombre de femmes et d'enfants qu'un homme possédait. Ainsi lorsqu'un homme voulait par exemple devenir notable, il justifiait sa demande par l'effectif de sa famille : plus il avait de femmes et d'enfants, plus sa demande était considérée, la polygamie accroissait dont les chances d'avoir une descendance nombreuse et un foyer consistant.

La polygamie permettait également à la femme d'avoir une place privilégiée au milieu de ses coépouses. En effet la plus grande fierté pour la femme était d'être la première femme d'un chef, d'un dignitaire etc... Chez les Beti par exemple, la première femme (Ekomba) avait un statut particuler. Elle était comme une mère pour les autres femmes qui lui rendaient toute sorte de services. Plusieurs femmes n'hésitaient pas à encourager leurs maris à prendre une énième femme. Au sein du groupe de femmes donc on avait des titres honorifiques tels que la première femme (ékomba), la femme la plus aimée (nkpwek).

la polygamie permettait aussi à la femme de se reposer notamment après l'accouchement. Elle avait donc la possiblité d'aller chez ses parents (e ke jañ en bulu), car la tradition interdit les relations avec une femme qui allaite et ce pendant deux à trois ans, sans que le mari ne reste célibataire. En plus la polygamie permettait à la femme de travailler aisément car elle instaurait une sorte d'entraide entre les femmes, la femme n'avait donc pas l'obligence d'avoir de vastes plantations sinon elle bénéficiait du soutien de ses coépouses.

La polygamie était aussi une nécessité pour l'homme d'avoir une femme artiste, une femme porte-chance. Il y'avait en effet des femmes danseuses, chantefables, berceuses etc..., donc avoir une femme spécialiste était une fierté pour l'homme. En plus, les hommes pensaient que la polygamie leur accroissait les chances d'avoir une femme porte-chance c'est-à-dire celle-là avec laquelle il pouvait tout réaliser. C'est elle aussi qui le motivait dans ses multiples actions et périples. Bref, elle était l'incarnation de ses aspirations.

Tout compte fait, la polygamie en elle-même n'avait rien de dégradant. C'était la forme idéale du mariage. La femme a été assez libre et indépendante. Elle a su jouer son rôle dans la société sans poser le problème d'égalité avec l'homme. Elle était soumise et acceptait la place qui était la sienne. Certes la polygamie a ses effets et aspects négatifs, mais la christianistion caractérisée d'appauvrissante d'abord et ensuite le modernisme ont changé le schéma traditionnel du mariage et ont contribué à l'effondrement de la société traditionnelle à travers notamment la perte des valeurs intrinsèques de la femme. Jadis la femme était considérée et respectée par son mari malgré les différentes contraintes liées à la tradition, aujourd'hui elle est un objet dont on dispose à sa guise. L'image de la femme s'altère, se dévalorise à cause de la mauvaise considération du mariage.

 
 

 

 
 

Copyright © 2010, Culture Vive